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Tsanga tsanga au pays des lémuriens

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vendredi 28 septembre 2007, par Ecocylette
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Je me rappelle encore des heures et des heures passées, avant le grand départ, à contempler la carte du monde ou les atlas, à imaginer chaque région du globe, son climat, son relief, ses couleurs, ses paysages, ses peuples, ses musiques. Madagascar, rien que par sa position géographique, était de celle qui m’attirait le plus. Je ne me faisais aucun doute, j’allais l’aimer ! Me voilà donc un mois après avoir posé le pied en terre malgache sur la plage de Morombé, conquis par la Grande Ile, la 4ème plus grande du globe, au sud-est du continent africain. Beauté, générosité, et tranquillité caractérisent la nature et les habitants de ce pays unique dans sa culture et dans sa diversité biologique. Mes 1ers kilomètres entre Morombé et Tuléar sur une piste défoncée après une saison de pluies abondantes, sont un émerveillement. Entre la terre rouge, les immenses baobabs exposés comme des sculptures, les rizières qui semblent suivrent les méandres des cours d’eau comme pour les protéger, et les hommes, les femmes et les enfants qui, malgré des conditions difficiles, respirent la joie de vivre dans leurs regards et leurs sourires. Des vélos, beaucoup, des chapeaux de paille, partout, des voitures, très peu et des sachets plastiques quasiment absents ! Après 300 km le long de la côte Ouest, je récupère la route goudronnée à Tuléar, le seul axe de communication pour rejoindre Fianarantsoa, ma prochaine grande étape, où je dois rencontrer quelques asso de protection de la nature. Le menu est plutôt sympa, mais bien épicé, avec un vent fort et incessant qui vient d’où je vais et qui va d’où je viens ( !) : hauts plateaux arides, paysages de western tropical, montagnes de grès puis de granit, tsingy, et quelques forêts primaires éparses peuplées de lémuriens, l’animal emblématique de Madagascar. L’histoire raconte que ce petit mammifère de l’ordre des primates (singes) serait arrivé du continent africain sur des branchages et des troncs d’arbres à la dérive il y a quelques millions d’années, avant qu’il ne s’adapte à sa terre d’accueil et n’évolue au fil des millénaires pour être aujourd’hui présent sur l’île au nombre de 48 espèces différentes ! Ma 1ère rencontre avec cet animal sympathique a lieu au pied de la « montagne des 3 sœurs », alors que je me lavais dans une rivière traversant une petite forêt (moment d’ailleurs très agréable après une semaine sans voir la couleur du savon…). Une dizaine de lémuriens s’amusent dans les arbres qui m’entourent et ne semblent pas perturbés le moins du monde par ma présence ici. Ils seraient même plutôt intrigués !

Madagascar est une terre de métissage des peuples et de leurs cultures. L’histoire de son peuplement par les Hommes est aussi à raconter. Alors que l’île s’est détachée du continent africain et de l’Inde il y a quelques 200 millions d’années, les 1ers habitants ne seraient arrivés qu’au début de notre ère, quelques siècles seulement avant JC. Les premiers découvreurs étaient des navigateurs originaires de l’Indonésie actuelle, plus précisément de l’Ile de Bornéo où on trouve toujours pratiquées par les peuples des langues étroitement liées à celle parlées à Madagascar. Les premiers habitants étaient donc asiatiques, avant que la période de l’esclavage africanise la population. Les arabes, les chinois, et plus tardivement les portugais puis les français lors de la colonisation font aussi partis de l’histoire de ce peuple. La richesse du mélange des cultures ? Musique, danse et rire d’Afrique ; sagesse, calme et courage d’Asie.

Je fais souvent étapes dans des petits villages où je demande l’autorisation au Grand-père de planter la tente. Il vaut mieux éviter les bivouacs sauvages pour ne pas violer les terres fady (sacrées). La communication n’est pas toujours facile. Suite à l’indépendance du pays en 1960, l’apprentissage du français a été supprimé à l’école pendant de longues années et aujourd’hui, la langue du colonisateur a presque complètement disparu dans les campagnes. Mais avec leurs quelques mots français et mes quelques mots malgaches, on arrive toujours à se comprendre et à bien rigoler ensemble, parfois autour d’un bol de criquets grillés. En arrivant à Fianarantsoa, je fais la connaissance de Robertine, Jérémie et Thibault, franco-malgaches vivant en France et en vacances chez leur famille. En quelques jours, je fais parti des leurs, le grand frère de tous les enfants ! Fêtes, danse, ballade, gateaux-coco et jeux au programme. C’est aussi l’occasion de poser un peu le vélo, après 800 km assez éprou-vent. J’en profite aussi pour faire ressouder le porte-bagages, recoudre mon sac et quelques vêtements, et pour me choper une bonne crève ! Et oui, on est en plein hiver ici, c’est pantalon, blouson et bonnet quand le soleil se cache. Mes amis doivent repartir en France. Je suis triste mais ma nouvelle famille m’a complètement adopté et ma chambre est devenue la salle de jeux des enfants. Encore une fois, la solitude n’existe pas en Afrique ! J’en profite aussi pour reprendre mes activités de rencontres avec les acteurs de l’environnement. Je prends connaissance de l’existence d’une ferme-école, mise en place par une ONG malgache. J’y passe 3 jours avec Romain, le coordinateur du site, Raymond, le formateur agronome et les ados en formation. L’objectif de cette ferme-école est de permettre aux plus démunis vivant en brousse ou en périphérie de la ville de recevoir un apprentissage de l’agriculture et de l’élevage et d’améliorer leur intégration en milieu rural, en apprenant des techniques adaptées, facilement reproductibles, et respectueuses de l’environnement par des méthodes biologiques. Un super projet qui fera l’objet d’un article dans le prochain numéro de notre petit journal « les Aventures de l’Ecocyclette » (pour le recevoir chaque trimestre, rejoignez notre asso !).

Et voilà, reprise de la route demain. Encore une grande étape ici à Fianar, mais c’est difficile de rester plus d’une semaine sans vélo. La Gaÿarde m’attend patiemment et moi j’ai des fourmis dans les jambes ! Cap maintenant sur la côte Est et sur le port de Tamatave, une région apparemment plus humide où quelques grandes forêts primaires subsistent…

Pour en savoir plus : Ecocyclette

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