Bisphénol A : l’agence sanitaire admet pour la 1ère fois des « signaux d’alerte »

L’Agence de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) voit « des signaux d’alerte » dans de nouvelles études sur le Bisphénol A, un produit utilisé pour des contenants alimentaires mais, considérant qu’il n’y a pas « urgence », veut approfondir son expertise pour mieux les interpréter.

Le BPA est un produit chimique utilisé dans la fabrication d’un plastique dur transparent, le polycarbonate, employé notamment pour la fabrication des biberons ou les bonbonnes d’eau. Il est présent aussi dans les résines epoxy qui tapissent l’intérieur des boîtes de conserve et des cannettes.

En 2008, l’Afssa avait conclu, après analyse des études publiées, à l’absence de risque du produit. Mais depuis, de nouvelles études ont apporté « des questionnements », selon l’agence.

Dans un nouvel avis rendu public vendredi, l’Afssa relève « des effets subtils, observés en particulier sur le comportement après une exposition in utero et pendant les premiers mois de vie chez de jeunes rats ». Des effets qui interviennent à des doses inférieures à celles considérées comme sans effet, a noté Marc Mortureux, directeur général de l’Afssa, devant la presse.

Déjà l’agence américaine, la Food and drug administration (FDA), qui avait elle aussi déclaré le BPA sans danger en 2008, vient de conclure sur la foi de nouvelles études à « des effets potentiels sur le cerveau et sur la prostate des bébés et des foetus ».

« C’est un signal d’alerte dont il faut tenir compte », avait commenté la semaine dernière la ministre de la Santé Roselyne Bachelot.

« On est proche de la réflexion de la FDA », indique Marie Favrot, directrice de l’évaluation des risques nutritionnels à l’Afssa.

Suite aux nouvelles études, la FDA, en vertu du principe de précaution, a soutenu l’initiative des industriels américains de ne plus utiliser de BPA dans la fabrication des récipients contenant les aliments pour bébés. Elle veut aussi appuyer les efforts pour remplacer le BPA dans les revêtements de boîtes de conserve.

Rien de tel à ce jour en France, puisque l’Afssa estime nécessaire avant tout de « poursuivre son travail d’expertise » afin de « comprendre la signification en terme de santé humaine de ces signaux d’alerte, éclairer le consommateur et permettre aux pouvoirs publics de prendre des mesures appropriées ».

« On n’est pas dans l’urgence sanitaire », estime M. Mortureux, pour qui il faut d’abord et avant tout définir une meilleure méthodologie que celle utilisée par les études récentes. En attendant, rien ne permet de « remettre en cause les précédentes évaluations du risque sanitaire », et rien ne peut « fonder scientifiquement une révision de la dose journalière tolérable ».

Quant aux produits de substitution – comme les biberons en verre ou ceux en polypropylène -, Mme Favrot demande qu’on les soumette aussi à une évaluation.

La seule recommandation de l’Afssa en direction des consommateurs est « de simple bon sens », selon M. Mortureux : « éviter de chauffer à trop forte température l’aliment (eau, lait, soupes…) s’ils utilisent des biberons ou des récipients en polycarbonate ».

Le porte-parole du Réseau santé-environnement André Cicolella, chercheur en santé environnementale, a vivement regretté que « l’Afssa veuille bien reconnaître un problème mais n’en tire pas les conséquences ».

Estimant qu’ »il est urgent d’agir », sans attendre les résultats d’autres études à venir, il a demandé à Mme Bachelot d’interdire le BPA dans les plastiques alimentaires.

En mai, l’agence européenne de la sécurité alimentaire (Efsa) doit publier son propre rapport.

AFP / 05 février 2010

voir les positions du MDRGF et du RES dans le JT de TF1 le 6 février 2010 : http://videos.tf1.fr/jt-we/le-bisph…