Entrevue avec Nathanaelle Courtois du Défi pour la Terre

Nous allons aborder dans un premier temps le Défi pour la Terre.
Pourriez-vous vous présenter brièvement ? 

Je suis Nathanaelle Courtois. Je suis en charge du programme Défi pour la Terre à la Fondation Nicolas Hulot et je m’occupe également des coups de pouce de la Fondation.
Au sein de la Fondation, il y a plusieurs programmes :

– Un sur l’eau, avec le voilier Fleur de Lampaul,
– Un sur la biodiversité, notamment avec l’école Nicolas Hulot à Branféré (Bretagne),
– Un sur les changements climatiques, avec le programme Défi pour la Terre,
– le pacte écologique,
– et un programme Soutien qui se décline en trois volets :
o les coups de cœur, aide morale pour des actions ponctuelles,
o les coups de pouce, aide financière allant de 300 à 1000 euros qui concernent des projets d’éducation à l’environnement,
o et les bourses allant jusqu’à 10 000 euros pour soutenir les projets remarquables.

Pourriez-vous nous rappeler l’historique de la démarche ?
Le Défi pour la Terre est né en mai 2005.

Pourquoi ? La Fondation Nicolas Hulot fait de l’éducation et de la sensibilisation à l’environnement depuis 15 ans. Le Défi est né pour répondre aux personnes qui étaient conscientes qu’il y avait un problème mais ne savaient pas quoi faire.

Ce programme a été développé en collaboration avec l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maitrise de l’Energie). L’Ademe nous a mis à disposition des outils, comme le Climact, qui est un outil très ludique et très intéressant pour calculer son impact sur l’environnement.
L’idée de ce programme est de mobiliser le plus grand nombre et de les inciter à adopter des gestes concrets au quotidien pour diminuer leur impact écologique.
Il faut prendre conscience que tout le monde a un impact sur l’environnement et que nous tous, en tant que citoyen, par nos modes de vie, sommes responsables à 50 % des émissions de gaz à effet de serre responsable des changements climatiques.

Quel est le public visé par cette démarche ?
Tout le monde : nous en tant que citoyen, les collectivités, les entreprises et les associations.
Tout le monde peut s’engager dans le Défi.
Si je suis individuel, je peux réaliser le Climact ou m’engager plus rapidement en adhérant aux 10 gestes essentiels, en les choisissant tous ou en choisissant un seul.
Si je représente une collectivité ou une entreprise, c’est exactement pareil, je m’engage à mobiliser mes salariés ou mes collaborateurs et j’incite mon entreprise ou ma collectivité à agir pour diminuer son impact, en imprimant recto-verso par exemple ou limitant mes trajets ou en équipant ma ville ou mon entreprise par des lampes basse consommation.
Il existe plusieurs solutions à mettre en place pour diminuer son impact sur l’environnement. L’Ademe peut aider les collectivités et les entreprises en leur proposant un bilan carbone.

Quelle est la nature de l’engagement concernant les entreprises et les collectivités : moral ou formel ?

Moral, nous ne faisons pas du tout de certification. Le but est de mobiliser, sensibiliser et inciter les gens à agir. Nous n’allons pas vérifier que les engagés du Défi ont fait ce qu’ils se sont engagés à faire.
Quand nous avons réalisé notre étude en mai 2006 pour le premier anniversaire du Défi, nous avions envoyé un mailing aux engagés du Défi. Plus de 80 % des personnes ont réagi. Cela veut dire qu’ils suivent le Défi.
Et le résultat a montré que plus de 95 % des personnes qui s’étaient engagés et qui ont répondu les faisaient.

Le bilan semble donc positif.
Oui, positif. Individuellement, nous ne pouvons pas contrôler les gens, car nous ne sommes pas un organisme de contrôle. Mais les gens ont tout de même fait la démarche d’aller sur le site et de rentrer leurs coordonnées (nom, prénom, adresse email et code postal), et prendre le soin de lire le Défi et de choisir les gestes qu’ils souhaitaient faire.
Donc oui très positif.
Et surtout plus de 600 000 personnes se sont déjà engagés. Lorsque nous avons lancé le Défi, jamais nous n’aurions pensé atteindre de tels chiffres. Il faut savoir qu’en France, jusqu’à présent, aucune pétition n’a dépassé plus de 100 000 signatures sur un thème touchant à l’environnement.

Après cette introduction sur le Défi pour la Terre, passons aux gestes écologiques.
Selon vous, quels sont les gestes prioritaires pour la planète ?

Le transport et le chauffage. Ce sont eux qui émettent le plus de CO2. Plus on agira sur ces thèmes, plus on réduira notre impact.

Quels sont les gestes les plus mobilisateurs ? 
Ce sont toujours les mêmes. Le site du Défi présente le top 5.
Le premier geste est le tri des emballages.
Le deuxième est la veille électrique.
Le troisième regroupe les appareils économes en énergie, ce qui concerne les appareils de catégorie A.
Le quatrième est  » je préfère une douche plutôt qu’un bain « .
Et le cinquième est  » je préfère les produits respectueux de l’environnement « .
C’est le classement au 4 décembre 2006.

Dans cette liste des cinq gestes les plus mobilisateurs, on ne retrouve pas les thèmes prioritaires cités ci-dessus.
Dans le top 10, sont inclus le chauffage et les transports.
Les gens ont conscience que les gestes comptent et que nos attitudes au quotidien ont un impact sur l’environnement. On ne peut pas demander à quelqu’un de changer tout de suite ses habitudes, car les habitudes sont ce qu’il y a de plus difficile à changer. Mais s’engager progressivement signifie que l’on est d’accord pour changer et que l’on est conscient de notre impact au quotidien. Un sondage a montré que 69% des Français pensaient que c’est seulement en changeant notre mode de vie que nous empêcherons la détérioration de la planète.

Que pourriez-vous dire aux 31 % restant et qui pensent que leurs gestes individuels ont un impact dérisoire sur l’environnement et que cela n’en vaut donc pas la peine ?
On a remarqué dans les sondages qu’il y a 10 % des gens qui sont irrémédiablement pessimistes sur ce thème.
Il faut donc se concentrer sur les 21 % restant et leur faire prendre conscience que ce n’est pas la technique qui va tout résoudre, mais ce sont aussi nos gestes. En effet, si on continue à agir et consommer comme nous le faisons, les ressources de notre planète n’y suffiront pas. Etant donné que nous sommes de plus en plus nombreux, et même si les produits que l’on nous propose sont moins productifs d’émission de gaz à effet de serre, malheureusement la demande et la consommation augmente. C’est le cas des voitures actuelles qui sont beaucoup moins polluantes que les voitures d’il y a 20 ans, mais le parc automobile s’est fortement accru, leur impact est donc plus important.
Comme le dit si bien Nicolas Hulot, il faut passer d’une société du gâchis à une société de modération

A travers ces gestes écocitoyens, quel est l’impact principal attendu : un impact direct à court terme sur l’environnement ou un impact à long terme d’ordre psychologique ? 
Ce que nous visons est le long terme. Car nous ne pouvons pas prétendre engager un changement de comportement sur le court terme.
La conscience écologique des Français est prête. Le problème est de passer à l’action. Beaucoup de gens trouvent les gestes écologiques insignifiants, comme prendre une douche plutôt qu’un bain. Le défi consiste à montrer que l’impact des gestes cumulés à l’ensemble des citoyens a un effet significatif.
Par ailleurs, toute modification de comportement permet de faire avancer la conscience du changement. Le but est que tout le monde prenne le train, tout le monde trie, que tout le monde fasse un effort sur le chauffage, quand on va acheter des fruits et légumes, on regarde la provenance, on privilégie les fruits de saison….
Il y a aussi tous les aspects éthique et humanitaire liés à ces gestes.
Il faut sortit de cette insouciance où l’on rejette la balle sur les entreprises et les collectivités. Nous avons tous une part de responsabilité.
Le défi est de traduire la conscience écologique des Français en actes.

On reproche à la médiatisation de la promotion des gestes écologiques individuels d’occulter les véritables enjeux liés à des actions collectives. Quelle est votre opinion ? 
50 % des citoyens sont responsables des émissions des gaz à effet de serre. Il faut que cette responsabilité soit traduite en acte individuel.
Mais il est vrai qu’il y a une part de la responsabilité qui revient aux collectivités et aux entreprises.
Je pense qu’il faut que les deux bouts se rejoignent, car l’un ne va pas sans l’autre.
On ne peut pas demander aux politiques, collectivités et entreprises de nous proposer des choses, si nous même nous ne voulons pas les faire. Inversement, on ne peut pas demander aux Français de tout faire alors qu’il y a une part non négligeable en dehors de leur contrôle.
Par ailleurs, nous sommes acteurs et consommateurs, et devons faire attention à certains de nos gestes : cela peut entraîner une spirale vertueuse, car plus il y aura de personnes demandant des produits respectueux de l’environnement, plus on en proposera. Et inversement il faut que les entreprises en proposent et que les politiques mettent en place des mesures incitatives.
Les deux sont nécessaires.

Quelles sont les mesures que le prochain gouvernement pourrait mettre en place afin de favoriser les gestes individuels ? 
Je vous renvoie vers le pacte écologique. Le Comité de veille de la fondation a travaillé sur des propositions qui prennent en compte les différentes problématiques du changement climatique. Ils ont mis en place 10 objectifs, concernant l’économie, l’énergie, l’agriculture, le territoire, les transports, la fiscalité, la biodiversité, la santé, la recherche et la politique internationale, et 5 propositions, en sachant que ce programme n’est pas exhaustif mais qu’il représente le minimum.
Les gestes individuels peuvent être incités notamment par une fiscalité particulière sur les émissions de CO2.

Concernant l’économie, c’est concevoir des produits industriels pour qu’il durent et soient réparés ou recyclés, ce qui permet de réduire les flux de matière et d’énergie. C’est la facette collective du geste individuel « je choisis des produits économiques en énergie ».
La proposition sur l’énergie est centrée sur la baisse de la consommation et notamment par une fiscalité incitative en montrant le véritable prix des services rendus par la nature.

Des questions un peu plus générales maintenant.
Les gestes promus par le Défi pour la Terre participent au développement durable. On parle de plus en plus de décroissance économique, quelle est votre opinion sur ce sujet ?

Qui dit croissance économique dit souvent mauvaise nouvelle pour la nature : cela entraîne un surcroît de consommation et de production, donc d’émission de CO2.
Toutefois, le but n’est pas de faire de la décroissance économique. Il faut vivre avec notre temps, et on ne peut pas dire aux gens qu’ils vont revenir aux années 1920.
Il faut aller plutôt vers la modération plutôt que l’excès. La démarche du Défi est un changement progressif de mentalité et non une rupture comme peut l’être la décroissance. Le but est d’aller dans le bon sens en profitant de la conscience écologique des Français.
Par contre, si cette conscience ne se traduit pas rapidement en acte, on risque non pas de mettre en place une société de modération, mais une société de privation.
La décroissance est donc une étape que l’on peut encore éviter. Je crois en la conscience écologique des Français.
Mais l’urgence est réelle, car lorsque l’on écoute les experts, les conclusions du rapport Stern, Al Gore, le rapport du GIEC qui va arriver, c’est alarmant ! Il ne faut pas attendre et remettre à plus tard. L’action est nécessaire maintenant et il y a une véritable urgence.
Cette action doit provenir simultanément des citoyens et du collectif.

La promotion de l’environnement est très dispersée en termes d’association et de canaux de communication, pensez-vous que cela soit une force ou une faiblesse ?
Je trouve que c’est une force d’une certaine façon, car chacun a son identité.
Dans les ONG, chacun a son identité propre, nous n’avons pas sur les même façons de communiquer et les mêmes objectifs. Mais la base est la même, il s’agit de l’environnement.
Cela permet donc d’aborder un même sujet avec des sensibilités différentes. Cela rassemble d’autant plus.
On observe que les associations font de plus en plus de choses en commun. Il y a eu par exemple un mobilisation Greenpeace, WWF et FNH pour le thon rouge, où nous avons cosigner un communiqué de presse. Il y a de plus en plus de contacts entre les ONG, notamment par le biais de l’Alliance. L’idée est de garder son identité propre et d’utiliser les forces de chacune de ses associations.

Je vous remercie beaucoup pour vos réponses et le temps consacré. 
Je souhaiterais également poser une question à vos internautes : pourquoi est-ce si difficile de passer à l’action ? Pourquoi ne passez-vous pas à l’action ? Cela vous paraît-il insignifiant ? Doutez-vous des enjeux ?