Entrevue de Charles Stirnweiss, Maire de Forbach

Pourriez-vous vous présenter, ainsi que votre parcours politique ?

Charles Stirnweiss, né le 20 juillet 1945 à Rottweil (Allemagne). Marié, 3 enfants. Suite à des études de pharmacie à Strasbourg, est diplômé d’Etat en 1971. Pharmacien à Stiring-Wendel en 1973. Développe le laboratoire de recherche galénique « Albrenor ».

Elu conseiller général en 1973, réélu en 1979 et 1985. Président de la commission départementale du Conseil Général en 1979.

Elu conseiller municipal à Forbach en 1983 (Adjoint au maire).

Se retire de la vie politique de 1989 à 1995.

Elu maire de Forbach en 1995, réélu en 2001. Président de la Communauté d’Agglomération de Forbach Porte de France.

Après avoir été élu à nouveau à deux reprises au Conseil Général, est élu Conseiller Régional de Lorraine en 2004.

Ancien membre du parti réformateur – Ancien président de l’UDF Moselle – Actuellement attaché au groupe UMP du Conseil Régional.

Très engagé au niveau de la coopération européenne et transfrontalière. Membre fondateur de l’association « Zukunft SaarMoselle Avenir » – Membre du comité de pilotage de la « Métropole Sarrebruck – Moselle-Est ».

Président du Syndicat Mixte pour le transport et le traitement des déchets ménagers de Moselle-Est (Sydème).

Vice-Président du Syndicat Mixte pour la création et la gestion du musée de la Mine.

Pourriez-vous présenter Forbach en quelques mots ?

Ville qui compte actuellement 22.400 habitants, Forbach est le centre d’une agglomération de près de 85.000 habitants. Longtemps marquée par l’exploitation charbonnière, la ville est en pleine mutation économique et sociale. Centre commercial et de services, Forbach accueille de nombreux établissements scolaires et de formation. Elle est devenue récemment une ville universitaire à part entière avec l’implantation d’un IUT « science et génie des matériaux ». La ville est également impliquée pleinement dans la reconversion économique avec une orientation vers les PMI/PME comme en atteste par exemple le Technopôle. La Ville est également très orientée vers la coopération transfrontalière notamment avec Sarrebruck, Völklingen ou encore l’association de coopération transfrontalière « Zukunft SaarMoselle Avenir ». Elle participe également activement à la construction du projet métropolitain Sarrebruck – Moselle-Est et à la constitution d’un District Européen. Son évolution s’inscrit dans le cadre d’une politique de développement global qui vise à rendre la ville plus attractive, à améliorer cadre et qualité de vie des habitants. Il en résulte une politique active en matière d’aménagement, d’habitat, d’environnement, de culture, de vie associative, de cohésion sociale… La politique de la Ville est évidemment complétée dans le cadre de la Communauté d’Agglomération Forbach Porte de France dont les compétences sont importantes : transports, enseignement supérieur, politique de la ville (CUCS) développement économique, assainissement, eau potable, collecte et traitement des déchets…

Forbach et la protection de l’environnement :

Quelle est la part du budget de frais de fonctionnement consacré aux dépenses électriques de la commune ?

Le budget consacré aux dépenses d’électricité s’élève à 400.000 € (2006) dont 220.000 € pour les bâtiments et 180.000 pour les voiries.

Quelle est la politique de votre commune en matière d’économie d’électricité concernant notamment les bâtiments publics et de voirie ?

-  remplacement des ampoules à incandescence par un modèle fluo-compacte
-  privilégier les ballasts électroniques et gradables dans les luminaires fluorescents
-  mise en place de détecteurs de mouvements et de minuteries
-  mise en place d’appareils de gestion de l’éclairage par rapport à la luminosité extérieure
-  mise en place de régulateurs de tension dans les armoires d’éclairage public
-  consignes données aux concierges et autres utilisateurs de salles et bâtiments de veiller à la maîtrise des frais

Quelles sont les incitations mises en place par la commune pour aider les particuliers à maîtriser leur facture d’électricité ?

La commune n’a pas mis en place un dispositif spécifique en direction des particuliers pour maîtriser spécialement les dépenses d’électricité.

Par contre, depuis le 1er janvier 2007, elle incite les particuliers à faire réaliser des diagnostics thermiques. Il s’agit, par une aide financière de 100 €, de favoriser une démarche de recherche d’économie d’énergie. Le diagnostic doit notamment révéler la situation précise du bien, formuler des préconisations et signaler les aides possibles pour les travaux à entreprendre. Les économies à réaliser ne concernent pas la seule consommation électrique.

Il convient de préciser également que depuis une dizaine d’année, la Ville a mis en place un dispositif d’aide au ravalement de façade et que par ce biais, certains propriétaires peuvent également mieux isoler leur bien et donc réaliser des économies.

A souligner enfin que la Communauté d’Agglomération s’inscrit dans un dispositif d’Opération Programmée d’Amélioration de l’Habitat qui permet également de soutenir des investissements conduisant à réduire les consommations d’énergie.

Quelle est la politique de la mairie en matière de transports respectueux de l’environnement ?

Il s’agit là d’une compétence intercommunale exercée par la Communauté d’Agglomération.

Les transports collectifs sont assurés par la Société d’Economie Mixte « Forbus » dont la flotte a déjà été largement renouvelé au fil du temps.

Pour les petites communes, un dispositif de ramassage à la demande a été mis en place de sorte à ne pas créer inutilement des lignes dispendieuses tout en assurant un service aux personnes qui souhaitent utiliser le bus. A l’initiative de la Communauté d’Agglomération, les pôles de compétences « Alphéa » (Forbach) et IZES (Sarrebruck) travaillent ensemble sur l’utilisation de biogaz dans des moteurs mixtes. Solution qui sera notamment intéressante pour les flottes captives.

De quelle manière Forbach concilie espaces verts et biodiversité versus les habitations et les axes routiers ?

En premier lieu, la Ville cherche à préserver son « capital » naturel. Au cours des 12 dernières années elle n’a pas réduit la surface de forêt communale (97 hectares) ni celle de la forêt domaniale. La politique de la Ville consiste à entretenir du mieux possible les forêts (avec l’aide de l’ONF). La Ville a initié en 2006 une démarche de certification de la forêt communale.

Le Parc du Schlossberg a fait l’objet d’un projet spécifique avec l’ONF pour entretenir l’espace naturel, le valoriser mais aussi en assurer la diversité au niveau des essences.

La Ville a également souhaité réintroduire « l’arbre » en milieu urbain. En témoigne de nombreuses opérations d’aménagement urbain (rue Bauer, rue d’Arras, rue Nationale, avenue Passaga…). La Communauté d’Agglomération œuvre de la même manière comme en témoigne par exemple le chantier de la gare.

D’une manière générale, la Ville a également développé d’importants efforts en matière de fleurissement (fleurs et plantations diverses). Ses efforts ont été couronnés en 2005 par l’obtention d’une première fleur.

Quels sont les autres actions de la commune participant au respect de la planète (gestion de l’eau, gestion des déchets, chauffage des bâtiments publics…) ?

Les domaines abordés ne relèvent pas tous de la compétence de la Ville de Forbach.

S’agissant des déchets ménagers, il convient de rappeler la constitution d’un syndicat Mixte de transport et de traitement des déchets ménagers de Moselle-Est. Celui-ci regroupe 13 intercommunalités de Moselle-Est et d’Alsace. Il concerne de l’ordre de 400.000 habitants. C’est ce syndicat qui développe depuis quelques années, avec les intercommunalités, une politique visant à bien maîtriser le cycle des déchets avec notamment le développement du tri sélectif, la valorisation qui en découle, la mise en place de centres de tri (Sarreguemines – Freyming), le développement des actions de communication…

C’est également ce syndicat qui entreprend cette année la construction, sur le secteur de Forbach, d’une unité de méthanisation. La valorisation de la biomasse permettra de récupérer de la chaleur et de produire du biogaz. Le compost sera également valorisé.

A noter également l’initiative de la serre de séchage des boues d’épuration à Marienau (Forbach). Pour alléger les boues qui contiennent beaucoup d’eau la Communauté d’Agglomération à donner son accord pour l’installation, en premier d’une serre expérimentale de séchage des boues d’épuration, puis l’aménagement d’une grande serre. Malgré quelques problèmes techniques en voie de règlement, cette serre remplie parfaitement son rôle.

Autre initiative pouvant être évoquée : celle du réseau de chauffage urbain. La ville de Forbach est propriétaire d’un réseau de chauffage urbain dont l’exploitation est concédée à Elyo. Ce mode de chauffage, parfois critiqué, s’avère pourtant très intéressant dans la mesure où on limite les rejets et les installations individuelles. Une grande partie des bâtiments publics est chauffée par ce moyen.

D’une manière générale, la Ville profite des travaux d’investissements dans les bâtiments communaux pour améliorer notamment l’isolation et favoriser les économies d’énergies ainsi que les économies d’eau. Dans la construction récente de la Maison de l’athlétisme elle a par exemple installé un dispositif pour la récupération des eaux de pluie.

En 2007, la Ville lancera le projet de rénovation des vestiaires du stade du Schlossberg. Dans ce cadre elle utilisera la surface des tribunes pour mettre en place un dispositif photovoltaïque qui lui permettra de produire de l’électricité et de la revendre à EDF. Par des panneaux solaires elle procédera au réchauffement de l’eau. Par ailleurs elle récupérera les eaux de pluie.

Il convient de rappeler aussi que Forbach a été une des villes expérimentales en matière de piles à combustibles. Une pile expérimentale avait en effet été installée par EDF au chalet « Glück Auf ». A ce stade, il convient de souligner que Forbach accueille, grâce à l’engagement politique du maire de Forbach, le siège d’ALPHEA, pôle de compétence international en matière de piles à combustible et d’hydrogène. La Communauté d’Agglomération de Forbach incite aujourd’hui ALPHEA et son partenaire sarrois IZES à coopérer en matière de biogaz au niveau des flottes automobiles (dans un premier temps des bus de transports collectifs). D’une manière générale, Alphéa constitue un pôle de veille technologique de première importance. Parmi ses membres on compte notamment 45 entreprises de dimension nationale et internationale.

A souligner également l’initiative de la Communauté d’Agglomération d’accueillir sur son territoire un parc éolien (5 éoliennes).

D’une manière générale, la Ville cherche également à sensibiliser ses partenaires associatifs quant à la bonne gestion des fluides de manière à éviter au plus les gaspillage.

Des questions plus générales sur l’environnement

Selon vous, quelle est la problématique environnementale principale ?

Les problèmes sont multiples et affectent tous les pays, riches ou pauvres. Les experts ont livré leurs conclusions et personne ne peut les ignorer. La question principale est comment agir ? Il faut évidemment une action internationale qui relève de la compétence des Etats. Il faut des actions nationales qui relèvent de la compétence des différents acteurs (Etats et collectivités territoriales) et s’adressent à tous les auteurs (personnes publiques et privées, administrations, entreprises, agriculteurs, particuliers…). Il faut évidemment des actions locales et intercommunales tant par rapport à leur propre gestion qu’en direction des particuliers.

La prise de conscience des problèmes est en marche mais sans doute encore de façon insuffisante notamment au plan individuel. Or une partie de la réponse suppose une évolution des comportements. Il est malheureusement souvent difficile d’anticiper de manière volontaire ce qui conduit à des solutions ultérieures plus contraignantes.

Quels sont les gestes que vous considérez prioritaires pour la planète ?

Il est difficile de répondre simplement à cette question. Peut-on parler de gestes ? Ce qui me semble prioritaire c’est qu’une volonté commune se dégage et qu’elle conduise à faire évoluer les réglementations et les comportements. Il faut que la prise de conscience se développe tant du point de vue collectif qu’individuel. Chacun doit agir du mieux qu’il peut, là où il est, et ne pas se retrancher derrière le prétexte de la seule responsabilité collective ou d’état.

Quels sont les gestes que vous ne réalisez pas encore à titre personnel et que vous souhaiteriez mettre en œuvre dans un avenir proche ?

Je souhaiterais faire installer prochainement à mon domicile des panneaux solaires pour chauffer l’eau.

Environnement et politique

Quel est le principal défi environnemental du prochain gouvernement ?

Faire de la France un des leaders au plan européen et mondial dans le travail de prise de conscience des problèmes. Faire de l’Europe un des principaux acteurs en matière environnementale et de développement durable.

Faire évoluer la législation pour mieux intégrer dans ses divers aspects le développement durable.

Mieux orienter la recherche dans cette direction. Il faut cesser d’une manière générale à diaboliser la recherche mais au contraire renforcer son action (et ce n’est pas qu’une question de moyens financiers), en faire un des piliers de la politique en faveur du développement durable.

La problématique de l’eau potable, sera très certainement, non seulement au plan national mais aussi international, l’un des enjeux planétaires les plus sérieux. En la matière la prise de conscience dans les pays occidentaux est notoirement insuffisante.

Quelles sont les mesures que le prochain gouvernement pourrait mettre en place afin de favoriser les gestes individuels ?

Sans doute les mesures susceptibles d’être mises en place sont-elles nombreuses y compris de nature fiscale (taux de TVA, dégrèvements, aides…). D’une manière plus générale, il faut favoriser la « responsabilisation » de tous les acteurs ce qui suppose nécessairement beaucoup de pédagogie, de communication, de sensibilisation. D’énormes progrès sont encore possible au plan individuel.

Une mesure intéressante pourrait aussi à obliger ( ?) les architectes à proposer obligatoirement dès la définition d’un projet à leurs clients des solutions s’inscrivant dans la logique du développement durable.

Il est évident aussi que le domaine des transports est potentiellement intéressant et important, notamment en milieu urbain.

Une meilleure gestion de l’eau constitue aussi un champs d’investigation prioritaire.

En fait, il serait sans doute utile de faire de cette cause une cause nationale, de recenser très précisément les différentes sources de problèmes et de préconiser des solutions adaptées. Cela doit-il nécessairement relever du seul gouvernement ? Je suis convaincu que l’expérimentation peut aussi s’opérer au niveau des instances régionales ou départementales. Il faut sortir d’une logique encore trop « centraliste ». Une réflexion sur la décentralisation en la matière serait sans doute également intéressante.

Quelles sont les mesures que vous attendez du prochain gouvernement en matière de protection de l’environnement au niveau des communes ?

Je crois que le développement durable doit, comme déjà indiqué, devenir une véritable cause nationale et qu’elle doit notamment se décliner au travers des différents instruments comme les contrats de projets. Il faut progresser dans toute une série de domaines (assainissement, traitement des eaux, espaces pollués, gestion des déchets…). En la matière un véritable « Plan National pour l’Environnement » associant les différents partenaires (Etat, Régions, Départements, Intercommunalités, communes) serait intéressant.

Etes-vous favorable à un vice-premier ministre chargé du développement durable ?

En premier lieu il est indispensable d’insister sur le fait que l’écologie, la défense de l’environnement, le développement durable, ne doivent pas être politisés au sens de récupération politique. L’écologie est un enjeu trop important pour être de gauche ou de droite ! C’est une cause commune et universelle.

Nommer un vice-premier ministre en charge du développement durable ? Ne s’agit-il pas là d’un gadget ? L’écologie doit être appréhendée de manière transversale. La question me semble plutôt être celle de la volonté politique, des moyens, des outils de réflexion et d’actions. Que le ministre de l’écologie, de l’environnement et du développement durable soit ministre d’état, pourquoi pas, mais l’essentiel c’est la marge de manœuvre qu’on lui laisse, le poids politique qu’on lui donne. Par ailleurs, la question doit impérativement être relevée au plan européen et le développement durable devenir une cause européenne.