Le juste prix écologique

Le rapport par le Programme de l’ONU pour l’Environnement en 2008 sur « l’économie verte » précise « Une économie durable ne peut plus externaliser ses coûts environnementaux et sociaux. Les conséquences de la pollution pour la société, comme la dégradation de la santé, doivent être reflétée dans les prix pratiqués sur le marché. Les emplois verts doivent donc être des emplois décents ».

Selon le WWF, la science économique ne comptabilise ni les services offerts par la nature, ni les atteintes faites à l’environnement par l’activité humaine. Or dans notre économie monétarisée, ce qui n’a pas de prix n’a pas de valeur connue et étalonnée.

« La structure du coût des produits et services doit être repensée ; non pas pour ajouter de nouvelles taxes mais pour donner un signal clair du coût environnemental et par là même faire évoluer les comportements, les décisions économiques et politiques et relever les défis écologiques. L’économie de demain devra exprimer par le prix la vérité écologique du monde et en particulier la rareté du patrimoine naturel. » déclare Serge Orru, directeur général du WWF.

Pour Jean-Stéphane Devisse, directeur du pôle Changements Climatiques et Politiques Publiques du WWF-France, « c’est bien via le rétablissement de la vérité des prix, désormais à même de refléter le véritable impact de la production des différents biens sur notre environnement, que les consommateurs s’orienteront rationnellement vers les produits les plus éco-responsables ».

« C’est-à-dire entre le prix marchand d’aujourd’hui, le prix apparent, et le « vrai » prix qui inclut une prime au respect de la nature. C’est une vraie révolution. Il y a eu le marxisme et le libéralisme, le prix dirigé et le prix de marché. Là, on invente une troisième voie, le vrai prix qui tient compte de l’impact d’un produit et de ses composants sur l’environnement. » précise Jean-Louis Borloo, Ministre français de l’écologie, de l’énergie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire

Ces témoignages montrent l’impérative nécessité de revoir l’intégration des coûts cachés liés à la dégradation de l’environnement dans l’économie réelle et notamment les prix des produits.

En effet, les prix des produits et services n’intègrent pas les externalités négatives ayant un impact parfois à long terme sur l’environnement : ces dépenses sont alors pris généralement en charge par l’ensemble de la société et donc par chacun des contribuables indépendamment de leur implication dans la cause de ces dégradations. Par exemple, les produits suremballés génèrent des surcoûts pour la collectivité en raison du traitement de ces déchets. Le coût de traitement d’une tonne de déchets a doublé en 10 ans en France (de 75 euros en 1994 à 150 euros en 2004). Il semble peu normal que le consommateur achetant principalement des produits en vrac paie, via ses taxes locales et impôts, le traitement de ces déchets.

Le gouvernement français souhaite d’ici 2010 indiquer clairement le prix écologique sur l’étiquetage de chaque produit afin d’informer correctement les consommateurs de leur impact écologique. « Car notre regard n’est pas le même quand on sait, par exemple, qu’une fraise achetée au mois de mars, et donc importée, nécessite vingt fois plus d’énergie qu’une fraise achetée en juin ; que 10 kg de céréales sont nécessaires pour produire 1 kg de viande rouge alors même qu’il n’est pas utile de manger de la viande tous les jours pour être en bonne santé ; que 30 000 litres d’eau sont nécessaires pour fabriquer un écran d’ordinateur ou que la confection de certains vêtements en coton implique un recours massif aux engrais et aux pesticides. »

Extrait de « Le citoyen doit connaître le prix écologique des produits » par Jean-Louis Borloo, ministre français de l‘Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire et Nathalie Kosciusko-Morizet secrétaire d’Etat français à l’Ecologie.

La fiscalité verte

La fiscalité verte prévue notamment dans le Grenelle de l’Environnement englobe de nombreuses mesures diverses comme l’éco prêt à taux zéro, la taxe sur les produits jetables, le bonus malus étendu, la taxe poids lourds, les péages urbains, l’éco-participation sur les produits électroménagers…

Cette fiscalité doit permettre de mieux appliquer le principe pollueur payeur et guider les choix des consommateurs vers des produits ayant un impact modéré sur la planète. C’est donc une façon d’intégrer dans le prix des produits le juste prix écologique. Ainsi, il n’apparaît pas normal qu’un consommateur attentif à l’impact écologique des produits qu’il consomme paie autant de taxes qu’un consommateur achetant des produits traités par des pesticides polluant ainsi les nappes phréatiques et les cours d’eau obligeant la collectivité locale à dépenser plus en matière d’épuration.

Pour Gaël Virlouvet, en charge des questions déchets et consommation à France Nature Environnement : « La fiscalité verte doit être un moyen d’amorcer la pompe en vue d’une évolution de notre système économique qui encourage encore le gaspillage de ressources naturelles pourtant rares. »

Ainsi, le succès du bonus/malus écologique, qui a surpris ses créateurs et déstabilisé l’équilibre budgétaire de cette opération, montre la sensibilité des consommateurs à ce type de mesure mêlant contrainte et incitation fiscale, et l’impact positif sur la protection de l’environnement en déportant des acheteurs sur des véhicules moins énergivores.

Le coût d’un produit ne se résume pas à son prix d’achat

Les gestes écologiques et économiques sont parfois très simples à mettre en œuvre et ne nécessitent pas d’investissement initial. Souvent, ces gestes entraînent un investissement plus ou moins important qui peut dissuader le consommateur : une ampoule basse-consommation coûte plus chère qu’une ampoule à incandescence, un réfrigérateur de classe énergétique A+ coûte plus cher qu’un réfrigérateur de classe moindre, un système de récupération d’eau de pluie coûte de l’argent…

Tous ces investissements sont souvent compensés par des consommations moindres ou une plus longue durée de vie. Dans la plupart des cas, cet investissement est rapidement rentabilisé (ex : les ampoules basse-consommation), dans d’autres cas, il convient d’étudier au plus près leur rentabilité (ex : l’installation de capteurs photovoltaïques).

Vous trouverez sur le site topten (http://www.wwf.fr/s_informer/topten) du WWF un comparatif de différents produits (congélateurs, lave-vaisselle, réfrigérateurs, télévisions, ampoules, écrans d’ordinateur et voitures) sur le plan énergétique.

Les caractéristiques de chaque produit sont décrites très précisément permettant de choisir des produits sur des bases comparables. L’intérêt de ce site est de proposer une valorisation indépendante de l’efficacité énergétique de chaque produit et surtout de mettre en valeur le coût réel de chaque produit intégrant leur consommation.

Entre deux réfrigérateurs dont les prix d’achat sont 545 euros et 456 euros, lequel acheteriez-vous ? Le plus cher bien entendu ! Il implique 263 euros de facture d’électricité sur sa durée de vie estimée à 15 ans, contre 456 euros pour le second.