Le nucléaire, l’uranium et l’ « indépendance énergétique » française

L’année 1988 correspond à la production maximale des mines d’uranium en France mais à partir de cette date les fermetures de sièges miniers vont se succéder. Pourtant, 8 ans plus tard, dans la publication CEA « Memento sur l’énergie 1996 » il est indiqué au chapitre « Réserves énergétiques françaises » que le taux d’indépendance de la France vis-à-vis de l’uranium est de 100% alors que les mines françaises sont en fin de vie. Dans les publications ultérieures ce chapitre a disparu…

Notons que cette façon de voir l’indépendance de la France est parfaitement logique dans le système économique actuel. La production d’une entreprise n’appartient pas au pays où l’entreprise est implantée mais à son propriétaire. Si les mines d’uranium en Afrique ou ailleurs sont la propriété de COGEMA alors l’uranium produit est français. L’économie moderne nous a permis de récupérer des territoires coloniaux que nous avions perdus. Une façon moderne de gérer la colonisation ! Ainsi, notre soit disant « indépendance énergétique » qui serait due à l’uranium vient, en réalité, d’Afrique depuis bien des années déjà, mais aussi du Canada, d’Australie, et COGEMA développe désormais des activités minières en Asie centrale dans des républiques de l’ex-URSS (Kazakhstan et Mongolie…). Au rythme actuel de consommation, les réserves mondiales de ce minerai sont estimées à 80 ans. Aussi, avec 10 fois plus de réacteurs, en 8 ans au maximum, l’humanité se retrouverait à la tête d’un gigantesque parc nucléaire… définitivement arrêté.

C’est là qu’intervient la fameuse « 4ème génération ». En effet, dans le cœur des réacteurs actuels, il n’y a que 0,7% du minerai qui soit utile : l’uranium 235, contrairement à l’uranium 238 qui représente pourtant 99,3% du total. Le spectre de Superphénix va encore frapper : ce surgénérateur devait « produire plus de matières fissiles qu’il n’en consomme ». Encore un « miracle nucléaire » qui n’a pas eu lieu… à part la désintégration de sommes inouïes.

Tiens, au fait, les citoyens : personne ne leur demande leur avis ? La Commission nationale du Débat public s’échine à organiser des débats, mais elle est saisie par les autorités… après que toutes les décisions aient été prises…