Personnes motivées pour expérience de gestion tropicale

Pour ceux qui seraient intéressés par une expérience de gestion communautaire d’un espace de forêt primaire tropicale de 35000 hectares à Madagascar, côte est, Manompana, région Analanjirofo.

Bonjour,

en ce temps de crise politique qui secoue notre pays, notre énergie est dirigée vers une toute autre problématique :

Assurer la gestion durable de notre espace avant qu’il ne soit pillé.

Voici notre plan de gestion. Nous recherchons des personnes qui désireraient nous aider dans cette démarche car nous sommes isolés et le champ d’action est vaste.

Celles et ceux qui seront intéressés peuvent nous joindre au : 00261320445570 ou nous envoyer un mail : [email protected]

Union des associations et des COBA de la région de Manompana pour un développement durable :

Alternative au transfert de gestion du terroir de la région de Manompana proposé par « KOLO ALA MANOMPANA »

INTRODUCTION

Suite aux enquêtes, entretiens, interviews, initiées par les responsables du projet « KOLO ALA MANOMPANA », et les propositions qui ont été faites, l’ensemble des associations de notre commune vous adresse cette demande. Ce document que nous vous soumettons est une compilation de données récoltées sur le terroir de la commune de Manompana et ce, depuis 1991. Données qui s’intègrent dans l’ensemble des niveaux spatiaux et qui prennent en compte les différentes parties prenantes. Analyse régionale, suivie d’études locales approfondies sur une durée validante (17 ans) pour aboutir à une synthèse de possibilité de développement durable.

Considération de base

Intégration de la dimension environnementale à fin de tendre vers un développement durable. Nécessité d’acquérir le maximum de données (démographiques, économiques, culturelles et environnementales) pour affiner une vision d’ensemble qui permettra d’adapter des solutions adéquates et d’adopter une politique d’action pérenne. Il est donc nécessaire d’étudier la région ciblée de manière à établir un diagnostic de développement durable intégrant les facteurs humains et environnementaux. Ce diagnostic ne peut se faire qu’avec l’appui des acteurs locaux et une bonne compréhension du tissu social des différents terroirs étudiés.

Objectif

Générer une réunion des initiatives et des désirs des habitants de la commune de Manompana. Agir de manière immédiate en initiant une union des COBA en s’appuyant sur le conseil des sages dans une direction commune de développement durable. Travailler avec nos atouts propres et créer des nouveaux savoirs faire. Offrir à nos enfants la possibilité d’apprendre de véritables métiers pour qu’ils soient capables de nourrir leurs futures familles dans le respect de leur environnement et continuer à vivre en harmonie comme l’ont fait leurs ancêtres. Réduire la pauvreté dans nos foyers sans que cela soit synonyme de pillage de notre terroir.

Méthodologie

Collecte des informations auprès des organismes d’état : (données statistiques, démographiques, plans existants…) Réunions avec les anciens et les responsables des familles de la région. Interviews et enquêtes sur le terrain.(socio-économiques et ethnologiques) Identification, répertoriation des espèces végétales, animales, aquatiques du terroir. « Travail de Mlle Beaucent et Mr Fayolle : état des lieux et priorité de gestion des ressources forestière de la commune de Manompana-Synthèse préliminaire avant restitution des données collectées entre Mars 2008 et Mars 2009 disponible en accompagnement de cette demande ». Recherches historiques et culturelles. (Archives et tradition orale) Initiation à la cosmogonie originelle des habitants du lieu et essai de compréhension de la symbolique betsimisaraka.

L’ensemble de ces données a été ensuite mis en corrélation en présence des sages et des acteurs sociaux afin de dégager des réponses cohérentes aux problématiques inhérentes au terroir de Manompana en restant en adéquation avec les enjeux nationaux.

Première conclusion

Le transfert de gestion économique de la région de Manompana est certainement un des plus facile à réaliser dans un futur immédiat de par la richesse de ses personnages référents. (Associations, acteurs de développement durable, notables sensibilisés, nombreux jeunes adultes motivés et structurés…)

Un des grands défis de l’état est d’arriver à responsabiliser les communautés de base dans la gestion de leurs ressources naturelles. Il s’avère que la commune de Manompana dispose d’une population éduquée et impliquée dans le concept du développement durable. Leur vision est si clairement établie et saine qu’ils voient l’action du « KAM » comme une négation de leur potentiel et de leur engagement humain. Il serait extrêmement dommageable que cette situation perdure, voire s’amplifie. Manompana est la seule commune rurale de la région qui dispose d’une école maternelle (action locale) de trois réserves naturelles non étatisées et non dotées de budget, qui fonctionnent par le bon vouloir et la volonté de ses habitants.

Augmenter les surfaces de conservation, activer les actions de reboisement sont les axes qui veulent être développés par la majorité des habitants. (A condition que cette conservation et ces reboisements prennent en compte leurs besoins et que de véritables solutions à effet immédiat soient proposées !) Développer le secteur touristique afin de créer une dynamique économique est également une piste souhaitée et souhaitable. Mais la réalité quotidienne des habitants du territoire de Manompana se focalise sur deux points : Mettre du riz dans la marmite et avoir du combustible pour le faire cuire.

C’est parce que le projet « KOLO ALA MANOMPANA » n’a pas su répondre de manière cohérente et efficace à ces attentes que nous nous permettons de prendre les choses en main en vous présentant une véritable feuille de route qui n’attends que votre accord pour démarrer.

Approche culturelle des habitants :

Les habitants de la commune rurale de Manompana appartiennent à l’ethnie Betsimisaraka. Ils sont les héritiers de la civilisation du végétal. Il est important de comprendre le mode de fonctionnement millénaire afin d’adapter les solutions possibles à la réalité culturelle. Il ne s’agit en aucune sorte d’imposer une solution exogène, mais bien d’analyser les atouts et les contraintes dans une vision globale intégrant les différents facteurs humains et environnementaux. « Betsimisaraka », la décomposition de ce nom définissant une ethnie suffit à comprendre l’essentiel du mode de fonctionnement social. « Be » = nombreux, « tsy misaraka » = qui ne se séparent pas. Affirmation d’un concept fort ou l’individu n’est jamais isolé et toujours partie intégrante d’un groupe soudé. La solidité et la durabilité de cet art de vivre résident dans le « fihavanana ». Art de vivre en communauté hérité des ancêtres, le « fihavanana » est le ciment originel des relations entre les individus de la communauté. « havana » = parenté, les betsimisaraka partagent le même fihavanana et donc forment un groupe se fédérant dans une même perception de la vie : l’individu partie d’une famille « fianakaviana » ( un couple, ses enfants et petits-enfants) partie du « fehitry » (littéralement provenant du même ventre), ensemble de personnes partageant le même sang originel,se référant à un ancêtre commun, le « razana taloha » à l’origine de la vie et du cimetière familial. L’importance du cimetière et de la relation des êtres vivants avec les ancêtres est trop complexe pour être développé ici, mais un excellent travail sur la compréhension du fonctionnement communautaire à Manompana a été effectué par Mr Nicolas Lecuivre ( voir annexe bibliographique). Le « fehitry » lui-même, s’inclut dans un « karazana », ensemble de familles se reconnaissant dans un nom propre : exemple à Manompana, les zafin’i bala, petits-enfants de Bala ancêtre reconnut pour être la souche originelle du groupe. Il est intéressant de noter que les Betsimisaraka ont pour habitude d’intégrer les apports humains extérieurs à partir du moment qu’ils acceptent les « fomba » les coutumes de la communauté. Plusieurs « karazana » ou « taranaka », vivants dans un même espace géographique forment un « fokonolona ». Foko=groupe et Olona=individu, le fokonola est une communauté villageoise. Cette approche de l’organisation sociale des communautés villageoises est primordiale si l’on veut avoir une action durable et efficace. Pour être écouté, il faut d’abord être à l’écoute des habitants d’un espace donné. Beaucoup d’actions entreprises dans les campagnes ont été des échecs cuisants faute d’avoir essayé. Une approche des paysans est un véritable challenge, le système communautaire établit depuis des siècles fonctionne parfaitement, les étrangers et les nouveautés sont par principe (et à raison) considérés comme potentiellement dangereux pour la communauté. Toute action nouvelle est donc à priori mauvaise car ce qui a été établi par les ancêtres est bien, mais ce système communautaire est aussi capable d’intégrer de nouveaux concepts autant que d’éléments humains étrangers dans la mesure où ils ont pris leur place de manière adéquate. C’est-à-dire en respectant les coutumes, en ne remettant pas en cause l’ordre établit, en se positionnant comme demandeur et non pas comme donneur de leçon. Il faut avoir une démarche humble, ne pas croire que l’on détient la vérité, la première chose qui saute aux yeux lors d’un séjour dans une communauté villageoise, c’est l’harmonie. Nombreux sont les occidentaux qui tombent amoureux de Madagascar dès leur premier voyage, sensation confuse de se sentir bien, d’avoir l’impression d’être là ou il faut être. Difficulté de mettre des mots pour expliquer ce sentiment, peut être tout simplement parce que les sociétés occidentales axées sur l’acquisition de richesses les ont amputés de la douceur et la sécurité d’appartenir à une grande famille ou chaque individu existe en interaction avec l’ensemble. Nous touchons sans doute ici l’essence même de la remise en question du mode de fonctionnement occidental, mais c’est un vaste sujet qui demande à être ailleurs développé. Ce qui nous importe ici, c’est une approche, voulue la plus complète, afin d’avoir une action efficace et adoptée par l’ensemble de la communauté villageoise de Manompana. Il faut être entendu, et non pas simplement écouté, la différence est subtile et beaucoup d’échecs sur le terrain résultent de cette non-compréhension de l’âme Betsimisaraka. Ce sont les anciens qui régissent la communauté. Le culte des ancêtres c’est tout d’abord la reconnaissance de la sagesse, chaque unité familiale a son porte parole, le « mpijoro » celui qui est choisi pour représenter la famille devant les ancêtres. « mpijoro » = celui qui est apte à faire le « joro » (invocation sacrée, appel des ancêtres et des puissances invisibles). Chaque action et évènement de la vie est appelé à être béni par les ancêtres, car ces « razana » sont toujours présents pour apporter aide et soutien aux membres vivants de leur descendance. Une action nouvelle doit avoir l’aval des ancêtres, car ce sont eux qui savent ce qui est bien. Pour savoir comment agir face à un évènement nouveau ou problématique, il faut aller voir le « dama » (chef spirituel) qui est le sage choisi parmi les « mpijoro ». Choisi, car l’ancienneté ne suffit pas à la reconnaissance du fokonolona, la force des Betsimisaraka est bien de toujours choisir celui qui est le mieux adapté à remplir cette fonction. Car les « dama » sont les garants de l’harmonie de la communauté, il n’y a pas de police ni de prison, voire pas de délits dans un fokonolona. Les problèmes sont réglés par l’ensemble de la communauté, et se résolvent généralement par un sacrifice expiatoire (du poulet au zébu) sous la bénédiction des ancêtres, qui permet la continuité de l’harmonie. Lorsque le « dama » est consulté il peut donner son avis propre (quand le problème est simple) ou bien demander le conseil des ancêtres. Pour une problématique grave, généralement la maladie, on peut consulter le « mpisikidy » celui qui est apte à consulter les ancêtre à travers le « sikidy » art divinatoire d’origine Musulmane arrivé à Madagascar vers le treizième siècle. Le sikidy est un support matériel (graines) qui permet au devin d’entrer en relation avec les ancêtres qui lui donneront la solution, le remède (pharmacopée traditionnelle), ou la marche à suivre pour résoudre la problématique. Ce développement peut paraître long dans une dynamique de développement durable, mais l’approche de la communauté doit se faire dans son intégralité. Il est sans doute pertinent de bien penser son positionnement par rapport à un groupe défini et d’adapter sa conception à celle de la communauté. L’adaptation doit se faire dans le sens « extérieur-intérieur » et non pas le contraire, quelle impertinence de vouloir venir donner les solutions au développement d’un groupe humain alors qu’il fonctionne parfaitement depuis des millénaires. Il y a des changements à apporter c’est certain, car la donne économique a changée. La terre nourricière ne suffit plus à faire vivre le fokonolona, démographie, déforestation en sont les principales causes. Il faut donc adapter le mode de fonctionnement social à ce nouvel état de fait. Cette adaptation ne peut se faire qu’avec l’aval des sages, sages qui ont été choisi car ils sont les garants de la tradition. On touche ici à un paradoxe fondamental, procéder à un changement de comportement afin de permettre à un mode de vie tourné vers le passé de survivre dans le futur. Tâche difficile, mais pas impossible, la sagesse de cet ordre social est bien de savoir s’adapter, les sages sauront trouver le moyen de faire changer les coutumes s’ils sont convaincus que la solution proposée est adaptable à la communauté. Le véritable travail de fond est bien de convaincre les sages, pour cela il faut d’abord être reconnu comme élément non nocif pour la communauté, ensuite prouver par l’exemple la pertinence des solutions proposées. Les sages ne peuvent prendre le risque de donner leur aval à un concept nouveau, sans avoir au préalable analysé avec minutie les tenants et les aboutissants, l’ensemble de la problématique, de son origine à sa finalité. Cet exemple ne pourra venir que par des individus issus du fokonolona. (Par exemple, il aura fallu deux années de sensibilisation avant qu’un cultivateur essaye de cultiver son riz avec la technique du SORRA (voir annexe 10), et de voir son rendement passer de une tonne à six tonnes à l’hectare !). Ceux et celles qui veulent apporter un changement dans une finalité de développement durable doivent en premier lieu chercher à identifier cette personne, la convaincre de la pertinence de sa démarche et par la suite faire passer le message à travers elle. C’est la seule façon d’être entendu, reste à savoir si on veut l’être, nombreux sont ceux qui parlent pour le plaisir de s’entendre. Leurs discours à sens unique leur paraissent être entendu par les anciens qui les écoutent sans rien dire, mais ce silence n’est que politesse, les anciens savent identifier l’homme à travers les mots, la véritable démarche spirituelle se transcrit dans les actes du quotidien. Trop souvent les beaux discours ne sont pas en adéquation avec le comportement sur le terrain. Aucune tentative de gestion communautaire ne pourra être durable si elle n’a pas été avalisée par le conseil des sages. C’est parce que nous nous appuyons sur eux que nous pouvons vous présenter ce projet !

DIAGNOSTIC ENVIRONNEMENTAL

Milieu Marin et Zones Côtières :

Les ressources halieutiques sont considérables et encore peu exploitées. (Grandes possibilités de développement…) Les écosystèmes littoraux sont diversifiés : baie, lagon, plages, récif corallien. Il n’existe pas encore de politique de gestion des ressources halieutiques. (Le travail de l’union des Coba oeuvrera dans ce sens.) La population est jeune en relative bonne santé, et son nombre (65 % de la population côtière), sera un atout pour le dynamisme économique de la région si elle éduquée dans ce sens et si des voies lui sont ouvertes. Cette action est à faire maintenant car les zones côtières sont en train de se dégrader. La population s’est appauvrie dans les vingt dernières années. Une gestion rationnelle et réfléchie est à mettre en œuvre immédiatement.

Zone forestière :

Atout numéro un, l’existence de notre forêt. Son rôle pour nous, ses habitants vous est ci-dessous défini, ses implications au niveau national et international est encore à définir. Sa population est également jeune (plus de 50% de moins de vingt ans), mais le taux d’alphabétisme et la santé sont à optimiser dans l’urgence. L’éducation doit être la préoccupation principale dans la répartition des bénéfices issus de la forêt. La sensibilisation à l’environnement permettra de réduire les prédations humaines inadaptées : tavy, coupes illicites. L’érosion menace certains bassins versants, et dégrade les rivières et les écosystèmes marins. Une prise de conscience de la globalité des écosystèmes ne pourra passer que par une appropriation culturelle des espaces par ses habitants.

Population : Manompana 2590 habitants, commune rurale de Manompana 18000 habitants. (estimation appliquée après croisement de différentes sources.)

Croissance démographique : 3,3% à Madagascar, autour de 5% à Manompana.

Situation économique actuelle :

Le constat actuel de la situation économique de la commune rurale de Manompana est préoccupant. La forte croissance démographique associée à un appauvrissement des sols entraîne une dégradation des conditions de vie des villageois. L’enclavement, le manque de communications vers l’extérieur, la faiblesse et la précarité du système de santé, l’absence de moyens de financement, le flou de la situation foncière, le manque d’adaptation du système éducatif, l’impression d’être laissés pour compte sont autant d’aspects négatifs. Néanmoins, des solutions existent et la possibilité de redressement économique est positivement envisageable. Manompana dispose d’atouts indéniables tant par son environnement que par ses habitants. Une réelle prise de conscience d’obligation de mutation est perceptible depuis quelques années (2002). Des éléments moteurs se sont fait connaître et la possibilité d’engager une action communautaire est réelle. Si nous appréhendons la situation de la commune rurale de Manompana comme le ferait un repreneur pour une entreprise en difficulté, un constat sauterait immédiatement aux yeux : l’absence de dettes. En effet, le mode de vie traditionnel des villageois étant de type de subsistance, il a toujours fonctionné sur le potentiel environnemental. Si la situation s’est détériorée elle est loin d’être catastrophique, combien de communes occidentales seraient heureuses de pouvoir afficher un tel bilan ? Nous considérons donc que la possibilité de développement de notre commune est indéniable et qu’il suffira d’une gestion concertée et ambitieuse pour obtenir des résultats rapides et durables.

Compréhension du terroir :

Le terroir de Manompana n’est pas uniquement constitué de forêt. Certaines communes en ont peu ou plus. La baie de Manompana, ses nombreuses réserves halieutiques et son potentiel stratégique ne sont pas à délaisser. Opposer le bûcheron au pêcheur, l’habitant de la côte avec celui de la forêt est également une facilité d’approche pour celui qui ne connaît pas l’endroit. Chaque famille agit dans la forêt et également dans la mer (ou rivière). Opposer l’homme et la femme est également un manque de compréhension du tissu social Betsimisaraka. Le fonctionnement marital est beaucoup plus complexe que ce qui a été rapporté en préambule par « Jane Carter » et gagnera a être expliqué plus en profondeur afin qu’une telle erreur d’analyse n’ait pas de conséquence négative. Considérer que ce sont les habitants de la région qui sont les plus grands prédateurs de la forêt est une erreur. La disparition complète des ébènes de la zone entre 1991 et 1997 est le fait des exploitants forestiers qui ont pillé ces espèces sans qu’aucun reboisement ne soit effectué et sans que la population n’en profite. Ces exploitants avaient bénéficié d’autorisation de coupe, les bois ont été exportés en billes brutes. Il faudra compter 100 ans avant que ce peuplement ne soit reconstitué. Les mentalités ont heureusement évoluées, les habitants sont maintenant conscients que leur forêt est leur avenir et fait partie intégrante de leur culture. Exemple du rôle social et relation à l’arbre chez le pêcheur Betsimisaraka : « Il construit sa pirogue lui-même. Après avoir consulté le mpisikidy (le devin du village), celui qui sait décrypter les signes à travers les graines et qui définit le jour de l’abattage. Il part dans la forêt choisir un arbre de taille conséquente. Il l’abattra de ses propres mains non sans avoir au préalable demandé pardon à Zanahary, le créateur, pour ce prélèvement. Il ne faut pas que la pirogue soit affligée d’un mauvais vintana « destin ». La fabrication d’une pirogue se fait généralement par deux hommes, frères ou beaux-frères, « vala ou valé », voire frères de sang, liés par le fatidra. Le serment sacré par lequel deux personnes deviennent liées par le sang et qui permet l’intégration d’un individu exogène dans le foko ». Le système de fonctionnement traditionnel est d’une grande richesse, mais les jeunes écoliers d’aujourd’hui en sont pratiquement coupés. Recoller ces différents éléments qui ont permis à une culture de vivre en harmonie avec son environnement permettra d’envisager avec sérénité les enjeux socio-économiques de demain. La biodiversité de la région de Manompana est exceptionnelle, de par sa flore et sa faune hautement teinté d’endémisme. (Voir rapport projet Mamia). Notre forêt abrite à elle seule plus de la moitié de la flore endémique du pays. Chaque nouvelle investigation apporte son lot de découvertes nouvelles. La diversité des types de forêt est incroyablement riche : mangroves, forêt littorale, forêt de basse altitude, forêt dense de basse et de moyenne altitude. Les écosystèmes marins de la baie : (mangroves, récifs coralliens, lagons, vasière) sont encore à inventorier Cette richesse intrinsèque et patrimoine de l’humanité est également une richesse en numéraire lorsque le bois est débité. C’est de cette menace que nous devons plus particulièrement la protéger.

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Solutions envisageables à court terme : (2009)

Pour engager des actions il faut des moyens financiers. Nous ne pouvons pas attendre un éventuel financement comme celui dont dispose « KOLO ALA » car nos actions sont faites sur le terrain et nous n’avons pas accès aux hautes sphères d’où se décident les obtentions de budgets. Néanmoins nous avons trouvé des solutions dans notre environnement pour démarrer les actions.

- Bois : (gestion durable, valorisation des produits bruts par la transformation). Nous désirons obtenir l’autorisation d’utiliser les arbres tombés à « ANDAKIBE » pendant le cyclone « IVAN » en 2008. L’évaluation faite sur place (décembre 2008) donne un potentiel de départ suffisant pour obtenir le fond de roulement nécessaire à notre plan de gestion. (Voir annexe 01 cubage disponible Andakibe) Une association des bûcherons, menuisiers et charpentiers est disposée à travailler sur le site en relation directe avec la COBA dont il dépend. Une étude de marché a été faite à Tamatave et à l’île Ste Marie auprès d’entrepreneurs et d’acteurs de la filière bois pour l’écoulement des produits finis. (Voir en annexe 01-2 le tableau des prix). Charpentes sur mesure, huisseries (portes et fenêtres) petits mobiliers seront les premiers produits valorisés à être proposés.

Un collège d’enseignement technique (menuiserie et artisanat du bois) sera ensuite mis en place pour proposer aux jeunes de notre région un véritable métier. Ce collège nécessitera une source d’énergie et sera donc couplé avec un collège d’enseignement technique pour les jeunes filles (couture). La création d’une petite unité de fabrication textile sera la finalité de cette action. Broderie, fabrication de boutons en nacre et en noix de coco sont d’autres possibilités.

Le désir de la population de notre commune est de ne plus voir le pillage de ses ressources ligneuses (comme cela a été le cas entre 1991 et 2000), mais d’initier un véritable savoir faire qui sera transmissible aux générations futures. Un partenariat avec des artisans d’Ambositra est également en attente de finalisation (des familles sont prêtes à venir sur place afin de transmettre leur savoir faire aux jeunes qui en feront la demande.) L’exportation des produits finis vers la zone Europe et Amérique sera ensuite possible grâce aux certifications de type (FSC). C’est à ce moment que le travail du bois portera ses fruits et que nous pourrons envisager des plu values sur le bois avoisinant 1000% de la valeur actuelle.

- Penja :

La filière bois n’est pas la seule qui puisse générer des revenus dans la région de Manompana. Le travail des femmes avec le Penza est d’une telle qualité qu’il a acquis une réputation au niveau international. Plus de 70 femmes provenant de 8 villages différents, participent à l‘heure actuelle activement à la promotion de la vannerie à Manompana. Elles ont ente 20 et 60 ans et tous leurs espoirs reposent sur le développement de cette activité, qui représente pour elles le dernier moyen adapté à leur environnement pour survivre. La vannerie Betsimisaraka, tradition séculaire transmise de mère en fille, est aussi le reflet d’une civilisation. Par exemple, la tradition exige qu’une jeune fille en âge de se marier soit capable d’équiper son nouveau ménage d’un nombre suffisant de nattes, de paniers… sans quoi son intégration ne sera pas possible dans sa belle-famille. Face à un phénomène de paupérisation alarmant depuis une dizaine d’année, cet art millénaire est actuellement en train de disparaître ! Le manque de circuit commercial permettant la vente de ces produits a conduit les mères de famille à cesser de perpétuer ce savoir-faire. Sans qualification aucune, les jeunes filles quittent « la brousse » pour essayer d’assumer autrement leur avenir, exode rural qui les amènera pour beaucoup à perdre leur identité ainsi que leur dignité !!!. Regroupées et partageant les mêmes valeurs, la joie et la fierté, regagnent aujourd’hui les mères de famille qui s’appliquent avec espoir à vous proposer leur travail et à faire revivre toute une histoire. Actuellement dépendante de quelques personnes ressources cette activité peut être pérennisée en trouvant de nouveaux axes de commercialisation. Nous espérons que vous, décideurs, saurez vous joindre à nous vous pour défendre l’identité de cette ethnie et garantir à ces femmes de pouvoir continuer à vivre en harmonie avec leurs traditions et leur environnement. De plus, le Penja a un cycle de croissance court et sa répartition géographique permet une utilisation à très grande échelle.

- Riziculture :

L’augmentation des rendements rizicole (voir annexe 10) dans la région de Manompana est un axe de travail qui réduira certainement de manière plus radicale et durable l’état actuel de pauvreté des habitants que la mise en exploitation de la forêt. Une carence certaine d’étude sérieuse sur les besoins quotidiens de la population ciblée par le projet « KOLO ALA » est sans doute la raison de l’absence de proposition de travail sur cet axe. La mise à disposition des nouvelles méthodes est nécessaire voire primordiale pour arriver à un équilibre économique alimentaire dans la région. Les rendements obtenus (x6) sur les parcelles d’expérimentation, permettent d’envisager un changement radical dans le comportement du paysan par rapport à la culture sur brûlis. Si nous obtenons un appui technique pour démontrer à plus grande échelle (ex : Vohipatsy) la facilité d’exécution et de mise en œuvre de cette méthode, nous garantissons que l’ensemble des régions périphériques souhaiterons adopter cette nouvelle manière de culture du riz. Une augmentation notable du tonnage produit dans la région de Manompana sera automatiquement suivie de la création de greniers communautaires (demande formulée par les conseils des sages). Ces greniers auront l’avantage de garantir un prix fixe du riz dans notre région et nous mettra à l’abri des spéculateurs qui profitent de la période de soudure pour s’enrichir aux dépends des plus pauvres. Devenir autosuffisants en riz sera le challenge de la première année de culture, en être exportateur sera celui de l’année suivante.

- Autres produits issus de la forêt :

Le miel de la forêt de notre région est un des meilleurs au monde. Ses qualités sont telles qu’il est même utilisé en médication. Gérer de manière optimisée le travail des abeilles est un axe de travail pertinent et facile à mettre en place. Fabrication de ruches, organisation de leur répartition spatiale, méthodes de récolte, mise en pot originaux, commercialisation à l’exportation. Cette action sera facilitée par le relais de l’union des COBA. Une première étude ( 2007) sur une surface test de 50 hectares de forêt montre que l’on peut prélever de manière durable dix kilos de miel par hectare. Un pot de miel, certifié d’un label « Prélevé de manière durable dans la forêt primaire de l’Est de Madagascar » de 250 g peut être vendu 10 € dans les réseaux biologiques et équitables d’Europe. Ce qui nous donne une valeur brut de 400€ par hectare de forêt. Les huiles essentielles sont également une piste qu’il faut absolument envisager dans notre projet de gestion. Des études préliminaires ont été faites sur le potentiel de production du Calophyllum inophyllum qui se trouve être la base majeure des huiles essentielles d’Homéopharma ouvrent de belles perspectives. Une meilleure gestion du circuit de production de l’essence de girofle est également à initier en s’appuyant sur l’union des COBA et les moyens logistiques (transport, conditionnement…)

- Accès au crédit carbone :

D’après la surface qu’occupe notre forêt sur l’espace étudié par « KOLO ALA » (environ 35 000 hectares) nous devrions pouvoir être crédités de 70 000 US Dollars par an. (Sur une base estimative de 200 tonnes de biomasse par hectare). Cette dotation nous permettrait d’engager une centaine de personnes pour des actions de surveillance et de sensibilisation en attendant l’arrivée des jeunes issus des collèges techniques.

Réduction de la pauvreté par baisse du prix des PPN :

Une action visible et parfaitement adaptée aux besoins primaires des habitants de la région de Manompana sera la création de centres de distribution communautaire de produits de première nécessité. L’étude que nous avons menée sur ce thème (1995-2007) en partenariat avec les conseils des anciens montre que la deuxième problématique (après celle des rendements rizicoles) est celle de l’achat des PPN. De par leurs enclavements, les petits villages dépendent d’un circuit hallucinant de sous traitants en cascade qui majorent les prix de ces produits de manière inacceptable. L’union des COBA dans la gestion de la forêt, s’accompagnera donc de la création d’un nouveau circuit d’achat des PPN en gros qui permettra de réduire par 3 le coût de ceux-ci sur site. Le camion qui évacuera les produits issus de la région de Manompana vers Tamatave remontera avec les PPN, ce qui supprimera la main mise de certains transporteurs sur les axes de circulation des produits… Cette action est possible immédiatement avec un apport de fond en crédit, ou sera mis en place des que des revenus auront été générés par les associations des COBA de la région. Doter ces magasins de médicaments de première nécessité et y organiser régulièrement des informations de santé (planning familial…) sera une manière d’anticiper la création de postes de santé avancé dans les lieux les plus reculés.

- Education :

Pour que la jeunesse de notre région soit un atout plus qu’une contrainte, nous désirons que l’école soit adaptée aux besoins de nos jeunes. En plus d’une école de menuiserie et de couture, nous désirons créer un collège d’enseignement agricole qui valorisera les métiers de la terre et permettra d’optimiser les rendements. Un centre d’enseignement de la pêche, de la pisciculture et de l’exploitation des autres ressources halieutiques de la baie de Manompana sera également à l’ordre du jour. La répartition des bénéfices issus de la valorisation des produits ligneux permettra également la construction d’écoles maternelles qui soulageront les femmes dans leur quotidien et éveillera les jeunes pousses à une meilleure appréhension de leur environnement. (Mme Ranaivo, pionnière avec l’école maternelle de Manompana s’en chargera personnellement !) (Voir annexe 06 budget annuel école maternelle « La Providence »

- Tourisme :

La forêt sera certainement mieux conservée par ses occupants si elle devient une source de revenus par le tourisme. Les demandes de circuits en forêt sont de plus en plus nombreux. De nombreux partenaires se sont manifestés en Europe et également sur l’île de la Réunion. Afin d’impliquer l’ensemble des populations du terroir de Manompana nous proposons de créer des circuits trekkings avec hébergement chez l’habitant. Les unités d’hébergement seront construites avec l’argent issu des premiers bénéfices de l’union des COBA ou avec un crédit « OTIV » ou « Européen » s’il est possible de finaliser un tel partenariat. Ce type d’hébergement existe déjà dans le village de Manompana, (voir annexe 13) les actuels acteurs de ce tourisme sont disponibles pour épauler les prochaines structures. Mais nous voulons nous servir du tourisme plutôt que de servir le secteur touristique : Car, si ce secteur est fortement créateur d’emplois, produit des devises, et a un impact positif sur le développement des infrastructures et des voies de communication, une mauvaise gestion où un manque de volonté de structuration comportementale peut entraîner de graves perturbations sociales : Pertes des valeurs traditionnelles, augmentation du foncier, exploitation des habitants par les hôteliers (coût faible de la main d’œuvre et maintient à la baisse des produits locaux…) voir plus grave avec comme on peut malheureusement déjà le voir à Manompana l’incitation des jeunes filles à la prostitution pour satisfaire les clients de passage. C’est pour cela que nous désirons que les unités d’hébergement soient tenues par des habitants, afin d’anticiper sur toute ces dérives. La première phase de constructions pourrait se faire à « Antanandava, Lakandava, Moronivo, maromandia, Ambarimay, Mahasoa, Vohitsivalana, Ambatolalaka, Sasomanga, Ankoriraika et Andakibe » courant 2009 si cette proposition de plan de gestion est acceptée.

Attribution des lots d’exploitation :

L’exploitation durable de la forêt primaire ne peut se faire qu’en effectuant des prélèvements ponctuels sur des espèces définies et surtout en appliquant une gestion « naturelle » (c’est-à-dire en gérant les bois morts sur pieds ou tombés). Il est primordial de terminer l’inventaire des espèces qui constituent cette forêt (un renouvellement de contrat avec Mr Fayolle et Mlle Beaucent serait une bonne chose), pour approfondir la compréhension de la « rotation des espèces dominantes » (voir annexe 04) et introduire la notion de fragilisation due au changement climatique (voir annexe 05). Une solution durable sera donc de définir les zones de prélèvement en accord avec les COBA et les conseils des villageois (voir annexe cartographique) et de ne surtout pas ouvrir de nouveaux axes de prélèvement. L’étude sur le terrain faite sur ces axes de pénétration démontre de manière claire qu’il est possible de gérer les prélèvements à condition que la population soit impliquée.

Implication des Habitants :

Les habitants de la région de Manompana sont actuellement en attente. La sensibilisation environnementale n’a pas encore été faite, les discours de « KOLO ALA » sont quasiment ésotériques pour l’ensemble de la population, la chaîne de transmission orale n’a pas été respectée. Les réunions avec les sages indiquent clairement que ce projet n’est pas adopté par la population. Incompréhension, qui vouera à l’échec toute tentative d’implication des habitants. La seule manière possible de rendre vivant cette gestion de la forêt est d’en attribuer la constitution par leurs habitants. Il suffit de s’appuyer sur les conseils des sages qui transmettront le message de manière traditionnelle. Cette méthode à l’avantage qu’elle disposera ensuite d’un réseau de surveillance sur l’étendue complète de la forêt.

Surveillance :

La meilleure surveillance est celle que l’on effectue sur son bien. Vouloir engager des agents de surveillance sur une étendue aussi vaste que celle étudiée est impossible. Par contre, si le concept de gestion a été adopté par l’ensemble de la population (et par ses relais propres) la surveillance est possible. Il sera également pertinent d’intégrer dans les collèges d’enseignements technique un module « surveillance de la forêt » qui débouchera sur un véritable métier. Ces agents de surveillance auront certainement un rôle important de collecteurs de données, et il est tout à fait possible que ces formations de base débouchent sur des véritables carrières environnementales.

Reboisement :

Plutôt que vouloir gérer la forêt comme un support acquis il est nécessaire de concevoir l’espace végétal comme un organisme vivant avec lequel l’homme cohabite. Le paysan betsimisaraka, dans sa symbolique considère la forêt comme une entité vivante. Si des axes de travail sont clairement définis sur le reboisement, et que la visibilité de l’action est bonne, la problématique du bois de charpente et de cuisson peut-être résolue en 20 ans. Nous avons engagé des essais de plantation en filao (Casuarina esquisetifolia) et Fora (Calophyllum inophyllum) en 1993 sur la frange littorale vierge de la presqu’île de Mahela afin de montrer par l’exemple qu’il était possible de gérer la forêt de manière durable (bois de chauffage). Nous avons également planté des espèces à croissance plus lente (Diospyros sp, Intsia bijuga, Tambourissa rota, Canarium madagascariense) ces essais serviront d’exemple dans une dizaine d’années mais peuvent déjà servir de supports didactiques pour un reboisement à grande échelle. Il serait également intéressant de profiter du travail de zonage effectué par Mr Fayolle et Mlle Beaucent pour se servir des corridors de prélèvements actuels en plantation d’arbres fruitiers adaptés (Tout paysan Betsimisaraka qui se respecte ne coupera jamais un arbre fruitier !) Le travail de reboisement effectué sur la presqu’île de Mahela (1991) montre que la forêt littorale se reconstitue rapidement si les prélèvements sont stoppés. L’extension de ce reboisement est prévue sur la zone circulaire de « Ranivolo » (voir annexe cartographique de Fayolle et Beaucent). Un nouveau travail nous attend pour adapter ce type de reboisement sur une plus grande surface, mais si le plan de gestion que nous vous soumettons est avalisé nous gageons de manière très positive sur les effets à très court terme. Nous demandons le classement de la zone concernée en parc national protégé géré par la population locale. Notre intention est de mettre en oeuvre un plan de développement innovant, incluant l’homme dans son espace avec sa culture, ses attentes et ses besoins légitimes. Démontrer par l’exemple qu’il est actuellement possible de gérer de manière durable nos ressources naturelles en conservant notre richesse culturelle et notre art de vivre.
- Santé : Constat : Présence sporadique de personnels de santé malgré l’existence d’une structure de santé de base. Pas de stock de médicaments disponible au centre de santé, (les médicaments s’achètent chez les commerçants du village). Coût très élevé des médicaments par rapport au pouvoir d’achat. Suivi très aléatoire des prescriptions (besoin en information). Absence de sage-femme pour une population cible d’environ 5000 femmes. Carence en matériel. Fragilité des habitants face aux périodes critiques (soudure et cyclones). Parasitisme, paludisme, IST, infections respiratoires, gastro-entérites et alcoolisme sont les principales pathologies observées à Manompana. Les actions possibles pour améliorer l’état sanitaire de Manompana :  Poste de médecin, de sage femme et création d’une pharmacie communautaire. Information nutritionnelle, planning familial, compléments alimentaires. L’apport protéinique des grains, (nombreuses variétés disponibles : haricots blancs et rouges, pois du cap, lentilles…), peut largement remplacer la viande et le poisson et aider la population à traverser les périodes critiques (soudure et cyclones) ! Les carences sont surtout notables en calcium (aucun apport dans le village) pour les femmes ainsi qu’en vitamine C et lipides pour l’ensemble de la population. Production fruitière et vitamine C : possibilité de production sur place de fruits à croissance rapide (fruits de la passion, papaye). Goyavier pour une production à moyen terme. Orangers sauvages et citronniers à plus long terme. Compléments alimentaire par maraîchage (à production abondante et nécessitant pas d’entretien) : brèdes, choux de chine, tomates, cresson, brède mourong, chouchou… Apport en oligoéléments par le biais de la spiruline : spiruline disponible à Tamatave en vrac à coût très abordable. Améliorer l’état sanitaire à Manompana est une action à visages multiples, beaucoup de bonnes volontés seront nécessaires pour arriver à des résultats probants. Pour rester dans le contexte durable, nous proposons un échange avec les professionnels du secteur pharmaceutique. En effet, la forêt primaire de la région de Manompana est un laboratoire d’étude de choix tant pour la recherche de nouvelles molécules que par la sauvegarde des savoirs anciens. De nombreuses plantes sont encore utilisées par les derniers tradipraticiens : étude de ces plantes, recensements des usages locaux sont des actions déjà engagées qui ne demandent qu’à être optimisées et transmises ! (Actuellement 200 plantes répertoriées, celles qui sont identifiées scientifiquement disponibles en annexe 14) Une étude sur la possibilité de produire de l’Artémisia annua (plante à principe actif anti-paludéen de meilleure qualité que les comprimés disponibles sur le marché pharmaceutique actuellement), dans la région de Manompana est actuellement en cours. Accès à l’eau potable Rares sont les villages de la région qui sont alimentés en eau potable alors que l’existence des sources, fleuves et rivières permet les adductions très facilement. Malgré le passage de nombreuses organisations non gouvernementales travaillant sur cette problématique aucune solution concrète n’a été entreprise. Nous comptons dans un premier temps réhabiliter les adductions existantes mais défaillantes par manque d’entretien (ex : Manompana). La deuxième phase de travail sera d’établir des réseaux dans tous les villages faisant partie de notre région. Une sensibilisation à une bonne gestion de l’eau, accompagnera une éducation aux règles d’hygiène de bases qui permettrons une réduction des pathologies gastriques et infectieuses. ANNEXES :

- 1 Cubage disponible Andakibe (estimation suite étude décembre 2008 sur une surface approximative de 300 hectares)

FAMILLE Nom scientifique nom malgache Cubage SAPOTACEAE Sideroxylon sp. Nanto 125 CAESALPINACEAE Intsia bijuga Intsina  175 EUPHORBIACEAE Uapaca sp. Uapaca  80 LAURACEAE Aspidostemon scintillans Tapiky  120 OLEACEAE Noronhia sp. Ravimasim babakoto  75 DILLENIACEAE Dillenia madagascariensis Loparimbarika  110 MONIMIACEAE Tambourissa sp. Ambora  225 OCHNACEAE Campylospermum dependens Menahy  120 FABACEAE Dalbergia sp. Hazovola  20

Antafononana  20 CUNONIACEAE Weinmania sp. Lalona  150 RUBIACEAE Braonis sp, Valotra  80 CLUSIACEAE Callophyllum sp. Vintanona  220 RUBIACEAE Canthium sp, Tsifo  50 FLACOURTIACEAE Homalium axillare Hazombato  100 FABACEAE Calliandra alternans Mampay  50 ARECACEAE Ravenea madagascariensis    ? CELASTRACEAE Polycardia sp, Tsilaitry  65     Hazombaoranor  80 MONIMIACEAE Tambourissa sp. Hasintohy  120 MYRISTICACEAE Brochoneura sp. Rara  65 MYRTACEAE Eugenia hompa Hompa 85 LAURACEAE Ravensara Sary  125 EBENACEAE Diospyros hazomainty Hazomaintina 10   Homalium sp, Zambo 15     Minavahitra 10 BIGNONIACEAE Phyllartron Antohiravina 130 MELIACEAE Cedrela sp. Velonavohotra 85 FABACEAE Dalbergia sp. Andramena 20 APOCYNACEAE Petchia sp. Antamboanana 145 MORACEAE Pachytrope demipate Maherihely 75 SAPOTACEAE Sideroxylon sp. Lohindry 55 Total cubage disponible : 2805 M3

01-2

Total cubage commercialisable (après transformation) 1000 M3

Comprenant 50% en bois carrés (charpentes) environ 25 pièces au M3 et 50% en planches (menuiserie) environ 40 pièces par M3.

Le prix que nous avons obtenu à Ste-Marie et Tamatave pour les produits finis sont les suivants : Charpentes : 4m/3m = 100 000 Ar (équivalent 10 bois carré 10/10) 6m/4m = 150 000 Ar (équivalent 15 bois carré 10/10) 8m/5m = 200 000 Ar (équivalent 20 bois carré 10/10) 10m/6m =250 000 Ar (équivalent 25 bois carré 10/10) 12m/8m =300 000 Ar (équivalent 30 bois carré 10/10) Une majoration de 25% du prix sera appliquée pour des demandes de charpentes en carrés de 12/12. Ces prix permettent d’effectuer une plu value de 300% par rapport au prix de vente du carré brut (3000 Ar) 500 M3 de bois débité en carrés de 10/10 donne l’équivalent de 10 000 pièces soit un prix de vente de cent million Ariary. Pour les portes et les fenêtres les prix sont les suivants : (Pour faciliter les calculs nous avons défini un prix au mètre carré linéaire qui sera ensuite affiné en fonction des dimensions des épaisseurs et des qualités des bois utilisés) Tarif du mètre carré linéaire des portes et fenêtres : 50 000 Ar 500 M3 de bois débité en planches nous donne une moyenne de 20 000 planches soit (une fois retranché les pertes de coupe) un total approximatif de 15 000 M2 linéaire. Nous pouvons donc tabler sur 75 millions Ariary pour les portes et les fenêtres. Cela donne une plu value de 250% sur le prix de vente brut d’une planche (4000 Ar). Une fois les taxes payées, les différents frais déduits, cette opération permettra d’être un exemple financier sur ce principe de fonctionnement et prouvera ou infirmera la pertinence de notre plan de gestion communal. Les plu values seront évidemment beaucoup plus importantes lorsque nous pourront passer à la fabrication de meubles et d’artisanat en ébénisterie.

Il va de soit que nous demanderons le détachement d’un agent du service des eaux et forêt sur site tout le temps de cette opération et que nous prévoiront son défraiement dans notre comptabilité.

- 2 Schéma de redistribution des rentrées financières :

Bûcherons : à la pièce + pourcentage sur bénéfice (10%)

Menuisiers : à la pièce + pourcentage sur bénéfice (20%)

Surveillants de stock, chauffeurs, manutentionnaires, et autres : (salariés)

Coba : pourcentage sur bénéfice (20%)

Fokontany : pourcentage sur bénéfice (20%)

Commune : pourcentage sur bénéfice (20%)

Les 10% restant sont affectés au reboisement des zones définies par l’ensemble de la communauté.

Les pourcentages perçus par les COBA, FOKONTANY et COMMUNE sont destinés à la création de postes de surveillants de la forêt et d’agents de sensibilisation d’une part. De la construction des collèges d’enseignement technique, des maternelles, de la réhabilitation ou de la création de postes de santé, de la mise en place de centres de distribution communautaire de PPN et de création de greniers communautaires d’une autre part. (Ou au remboursement des emprunts si le choix a été fait de travailler sur ce mode de financement).

Rotation des espèces dominantes dans la forêt primaire littorale et de basse altitude à Madagascar.

Cette hypothèse est la résultante des travaux qui ont été effectués dans la forêt de « Tampolo » d’une part et dans les forêts « d’Ambodiriana et de Mahela » d’autre part. Les bases de données sont encore trop récentes (20 ans) pour que la validation scientifique soit avérée, mais la pertinence de cette hypothèse est déjà admise dans les milieux concernés. Pour résumer, cette étude montre qu’il existe un cycle de rotation des espèces dites « dominantes » ex : Diospyros sp, Intsia bijuga, Tambourissa rota, Canarium madagascariense…) dans les forêts étudiées. Ce cycle semblerait être de 50 à 100 ans et démontre qu’il existe un véritable partage spatio-temporel entre ces espèces. Ce cycle semble régir le bon fonctionnement et la vitalité des forêts primaires étudiés. Mais, il est également extrêmement fragile, les zones anciennement exploitées ont vu ce cycle être perturbé avec comme effet la disparition des espèces nobles. Cette étude doit être continuée et elle ne pourra se faire qu’avec une protection totale de la forêt de la région de Manompana.

Fragilisation de la forêt due aux changements climatiques

Prise en compte du changement climatique : Une des grandes carences de l’étude préliminaire du projet « KAM » est l’absence d’étude sérieuse sur l’état de la forêt et notamment de la pression due au changement climatique perçu depuis plusieurs années et qui a des conséquences de plus en plus perceptible. (Disparition de pans entiers de forêt en 2007 et 2008). Ces travaux font suite à une série d’études menées sur les variabilités climatiques de Madagascar vues à travers l’imagerie infrarouge de Météosat en particulier les problèmes de sécheresse estivale dans l’île depuis les années 1970 au niveau national et depuis 1995 sur la façade orientale du pays. L’arrivée des pluies sensée avoir lieu en octobre a tendance à se décaler chaque année un peu plus. L’étude des deux saisons pluviométriques : 20062007 et 20072008 (utilisation des images à faible résolution spatiale, satellites météorologiques Météosat05 et 07 tiré du catalogue des images de SATMOS, Centre de Météorologie spatiale de Lannion) ont permit d’effectuer une analyse synoptique qui semble démontrer que ces variations dans la saison des pluies sont établis maintenant de manière durable et que leur intensification est à prévoir. Décalage dans l’arrivée des pluies, modification de l’intensité et de la durée, autant de facteurs qui vont fragiliser la forêt primaire dont la survie dépend de ces précipitations. Dans l’attente de données supplémentaires, il est absolument primordial de ne pas réduire la couverture végétale de la forêt littorale de basse et de moyenne altitude le risque étant une disparition totale et irréversible à très cours terme.

Cette étude a été ébauchée dans le cadre du travail de Mr Fayolle et Mlle Beaucent sur le corridor forestier de Manompana et gagnerait certainement à être poursuivie de manière plus poussée au vu des conclusions qui s’en dégage.

Budget de fonctionnement d’une école maternelle. (1997-2009)

Fonctionnement de l’école maternelle  » La Providence » : Devis Annuel Libéllés Nbre Mensuel Annuel Observations Salaires

ARIARY ARIARY   Institutrice 1 120 000,00 1 440 000,00   Vacataire 3 60 000,00 2 160 000,00   Aide 1 67 000,00 804 000,00   Total salaires

247 000,00 4 404 000,00

Impôt IRSA 5 11 800,00 141 600,00 Paiement à Fénérive par trimestre Tel Manompana 1 25 000,00 300 000,00 Carte Telma forfait illimité frais route

40 000,00 paiement IRSA Fénérive Divers

40 000,00 entretien structures (peinture)… Effets

562 850,00 Détail des effets en annexe Entretien

126 700,00 Hygiène élèves et nettoyage école Photocopies

260 000,00 60ariary/feuille 144 feuilles/élève sous total

1 471 150,00   Total Général

5 875 150,00 Prix en Ariary

7- Coût de fabrication d’une école avec participation villageoise.

Pour la création d’une école maternelle de type « LA PROVIDENCE », avec une participation manuelle villageoise il faut compter Quinze millions Ar.

8- Distribution géographique des écoles et collèges techniques.

Les premières écoles maternelles seront de préférence construites dans les villages suivants (suivi des constructions et mise en route des enseignements) : Antanandava, Lakandava, Moronivo, maroalanana, Anaratava, Analajandrafia, Mahasoa, Antaviala, Ambodimanga, Vatobe.

Le collège technique d’enseignement des métiers du bois couplé à l’enseignement de la couture pour les jeunes filles sera situé à Manompana. (Un système d’internat sera mis en place pour que l’ensemble des villages de la région puisse y envoyer leurs jeunes. Budget pris en charge par l’union des COBA).

9- Planning de réalisation du projet.

Ce plan de gestion est prêt à fonctionner. Seul l’aspect financier en déterminera le temps de réalisation. Si nous disposions d’un budget égal au quart de celui de « KOLO ALA MANOMPANA », nous pourrions développer toutes les activités en moins de deux ans !

Appui technique pour la riziculture et le maraîchage :

Système d’optimisation des rendements rizicoles adapté (1997-2007)

MADAGASCAR

Commune rurale de MANOMPANA


INTRODUCTION

Etat actuel de la riziculture à Manompana :

Deux types de rizières :
- Horaka (rizière de marais) Plaines et fonds de vallées.
- Tavy (rizière de montagne) Notre étude a été faite sur les rizières de marais de part leur proximité géographique.

Variété employée : vary mena (riz rouge) espèce adaptée au lieu géographique origine inconnue (espèce Oryza sativa), petits grains, forte concentration d’amidon, hauteur du plant 0,80cm à 140cm, moyenne de 50 grains par épis, 10 à 20 épis par plant, 15 à 35% de grains vides, valeur nutritionnelle forte. Semences issues de la récolte.

Rendement : de 600kg à 1200kg par hectare (selon l’état du sol et du soin de la plantation)

Technique : piétinage de la rizière (hommes ou zébus), semis en pépinière, repiquage serré, pas de maîtrise de l’eau, pas d’apport fertilisant, une seule récolte. (à noter que les anciens racontent qu’avant il était pratiqué deux récoltes par an, actuellement une autre plantation n’est effectuée qu’en cas de cyclone. Lorsqu’un cyclone (décembre-mars) détruit complètement les semis, les paysans resèment dans la foulée et la récolte est décalée.

Système d’entraide familiale pour le piétinage, le repiquage, et la récolte. Pas de matériel rizicole.

Points forts : variété de riz adapté au lieu, forte résistance, valeur nutritionnelle forte permettant un apport énergétique suffisant même en petite quantité, entraide familiale permettant la possibilité de travaux d’aménagement (gestion de l’eau), pas d’achat de semences, hydrométrie forte, ensoleillement élevé, possibilité d’apport d’engrais sur place, surface cultivable suffisante pour nourrir l’ensemble de la population, possibilité d’aménagement des collines (culture en escalier de type asiatique), main d’œuvre disponible en quantité suffisante.

Points faibles : pas de maîtrise de l’eau, érosion forte, faible rendement, terre appauvrie, contrainte climatique (cyclones), pas de réserve de sécurité, stockage de mauvaise qualité, problèmes de propriété foncière, désengagement des jeunes (faible rendement pour beaucoup de travail), système de commercialisation du riz ne profitant qu’aux accapareurs (perte des terres).

Solutions possibles :

Aménagement des rizières (maîtrise de l’eau), reboisement en espèces endémiques, rotation des cultures (légumineuses), apport d’engrais vert (trèfle ladino), apport d’engrais adapté (compost lombriqué), repiquage espacé, stress hydrique deux semaines avant la récolte, aménagement des greniers, remotivation des jeunes par augmentation des rendements, générer un filet de sécurité afin de changer le schéma de commercialisation du riz.

Calendrier d’exécution :

Pour que l’action se concrétise il faut procéder par étapes, proposer un bouleversement total ne pouvant être que voué à l’échec.

Calendrier cultural traditionnel : ( = semaine dans le mois)  -Juillet-Août-Sept-Oct-Nov-Déc-Jan-Fév-Mars-Avril-Mai-Juin—Préparation des terres- --- – – – – – – – – — – — – – – – – – – —Semis- ---- – – – – – – – — – – — – – – – – – —Repiquage- – ---- – – – – – – — – – – — – – – – – —Récolte-- – – – – – – – – --— LE S.R.I

Soit : Système de Riziculture Intensive.

Le Père Henri de LAULANIE, ingénieur agronome à Madagascar de 1961 à 1995 est à l’origine de cette nouvelle approche de la culture rizicole à Madagascar. Intégrant les techniques traditionnelles des paysans malgaches, il a travaillé en collaboration avec des étudiants agronomes pour améliorer les possibilités de production rizicole dans le pays. Ce système est basé sur la maîtrise de l’eau, l’apport de fertilisant naturels dans le sol et surtout, d’un nombre de sarclage 4 à 6 fois plus important que dans le système de culture traditionnel.

Le SRI a permit d’obtenir des rendements de 4 à 12 tonnes à l’hectare.

L’utilisation de fertilisants chimique, de pesticides ou de nouvelles variétés n’est pas nécessaire pour obtenir de tels rendements. Le seul problème de cette technique est la multiplication du temps de travail (x4) par rapport au système de riziculture actuel et les besoins énormes en fertilisants (minimum 6 tonnes par hectare).

LE S.O.R.R.A

Soit : Système d’optimisation des rendements rizicoles adapté.

L’objectif de l’actuel projet est d’arriver en premier lieu à une production de 2 tonnes/riz/hectare. Même si cela parait un objectif faible cela doublerait la production actuelle sans que cela demande le double de travail. Une fois cet objectif atteint il sera possible de travailler sur de plus gros rendements, et de passer aux étapes suivantes (circuit de commercialisation du riz, rotation des cultures, deuxième récolte…) Doubler la production actuelle permettra d’assurer l’autosuffisance alimentaire et l’arrêt de la perte des terres au profit des accapareurs !

Ce système reprend certains aspects du S.R.I (maîtrise minimum de l’eau, ajout de fertilisants organiques) mais prend en compte le facteur temps de travail et applique les principes de l’agriculture naturelle de Manasobu Fukuoka (voir annexe). La relation avec leur environnement qu’entretiennent les paysans de la région de Manompana est complexe et quasi hermétique aux étrangers, mais elle s’accorde magnifiquement aux principes de Mr Fukuoka. Pour résumer, Mr Fukuoka a consacré plus de cinquante années de sa vie à comprendre comment appréhender l’agriculture comme une association entre l’homme et la nature. Il considère que le cycle de germination, croissance, et mort des végétaux est intimement associé à tous les éléments et êtres vivants qui l’entoure. Que la terre n’est pas une matière inerte, mais bien un organisme à part entière et que la meilleure façon de la cultiver est de s’adapter plutôt que de vouloir la maîtriser. Il n’est plus à revenir sur la faillite des systèmes agricoles modernes qui ont lessivés les sols et pollués les nappes phréatiques. C’est un fait acquis, et les générations à venir payeront le prix de ces erreurs. Madagascar, pays pauvre, dispose de suffisamment de surface arable saine pour pouvoir sereinement, non seulement assurer son autosuffisance alimentaire, mais aussi devenir rapidement le premier pays africain exportateur de riz. Pour cela il faut adapter un système aux contraintes spécifiques de ce pays incluant les traditions et la capacité en énergie humaine. L’impaludation quasi-totale de l’ensemble de la population est un facteur très important et trop souvent ignoré. Le mora-mora, ou rythme de vie lent, qui fait souvent sourire les occidentaux est une adaptation de l’homme face à son élément. Le virus du paludisme, en sommeil dans le foie se réveille aussitôt (sous la forme de crise) lorsque l’organisme est fatigué, si l’effort physique dépasse la réserve énergétique propre à chaque individu. Il est donc inconcevable de vouloir optimiser les rendements par une surcharge de travail. La mécanisation n’est pas non plus un bon concept si l’on veut un développement durable (coût des matériels, carburant, entretien…) Notre rencontre avec Mr Michel Bonnet, pionnier de la fabrication de compost lombriqué nous a amener à l’élaboration de ce système :

- Travailler avec le riz adapté naturellement.

- Ne pas être tributaire de semenciers. (Semences issues des récoltes)

- Pratiquer une gestion de l’eau : Travaux d’irrigation minimum en système de travail collectif. Canaux extérieurs et rigoles de drainage intérieur. Laisser la rizière sans eau pendant 8 à 10 jours après le repiquage (meilleure adaptation racinaire). Provoquer un stress hydrique (par assèchement de la rizière) 15 jours avant la récolte. (Effet de stockage de l’amidon).

- Semer moins : Diverses expérimentations, à Madagascar et dans les pays asiatiques, ont démontré que les plants de riz trop nombreux sur une surface donnée avaient tendance à se faire concurrence. Plus le nombre de plant est grand moins il y a de grains par épi (tallage). Un repiquage respectant un espace de 25cm entre les plants permet un tallage plus grand et un rendement meilleur. Cela a l’avantage de réduire la quantité de semence, effet non négligeable dans un pays ou chaque grain compte. (Un essai en semis direct à généré un rendement x 1,5 – campagne 2007. Le second essai en repiquage espacé et pralinage à généré un rendement x 6)

- Apport de fertilisant : réduire au strict nécessaire le volume en appliquant un système de pralinage des plants de riz au moment du repiquage. Cela fait passer le besoin en apport de 6 tonnes à 500kg par hectare.

- Pas de sarclage supplémentaire : L’avantage d’ajout de compost lombriqué par pralinage des plants permet un développement concentré sur le riz et non pas sur l’ensemble des plantes autochtones de la rizière. Il n’est donc pas besoin d’effectuer de sarclage supplémentaire (meilleure approche en ce qui concerne le facteur énergie humaine).

- Meilleure résistance aux parasites du riz : Le compost lombriqué est exempt de micro-organismes nocifs à la culture du riz. Le processus de digestion par le lombric des végétaux permet l’élimination totale de ces micro-organismes. Donc, pas de besoins en pesticides. (Dans notre calcul de surcharge de travail nous n’avons pas inclut cet aspect, nous attendons d’avoir des indicateurs de mesures plus complets pour affiner ce tableau, nous pensons arriver à terme à une baisse du temps de travail par rapport à la culture traditionnelle).

– Force du fertilisant et provenance : Le meilleur fertilisant organique est le compost lombriqué. Sa fabrication ne demande aucune mécanisation, tous les éléments nécessaires se trouve sur place et sont gratuits.

- Conditions de fabrication de compost lombriqué : Chaleur ambiante minimum 20 degrés, humidité constante, oxygénation régulière. Les conditions sont optimum à Madagascar.

- Lombric le plus performant : L’oesénia faetida. C’est celui que l’on trouve à Madagascar.

fabrication du compost lombriqué :

La présence sur place de Mr Michel Bonnet, professionnel et pionnier de ce produit en France, nous a permit de donner toutes les explications et astuces pratiques pour adapter de manière efficace la fabrication de ce compost à Manompana : Identification des végétaux les plus appropriés, modalité de fabrication. Le compost a été mis en place sur une parcelle de rizière de référence. Une pouponnière de lombric (Oesénia Faetida) a été préparée : une surface de 2m2 constituée d’un fond d’humus endémique de 15 cm de hauteur (récupération dans le sous bois), sur laquelle a été superposée une deuxième couche de 35 cm constituée d’un mélange de feuilles mortes-60%-, d’excréments de zébu-30%-, les 10% restant étant composés d’épluchures, 2 vieux journaux, 1 carton usagé et des résidus de marc de café. Les premiers lombrics qui sont voués à se reproduire ont été ramassés dans le sous-bois. Cette parcelle a été copieusement arrosée pour la mise en route du processus. L’hydrométrie naturelle de la région permet de ne pas se préoccuper du taux d’humidité par la suite. Un abri rudimentaire à base de feuilles de « Ravinala » l’arbre du voyageur, permet d’éviter le dessèchement lors des ensoleillements excessifs. Dans le même temps un tas de résidus végétaux a été préparé en sous bois au bord de la rizière. Sa composition est la suivante : 6m3 de végétal (toutes les feuilles et végétaux non ligneux disponibles sur place), 2m3 d’excrément de zébu. La seule contrainte dans la fabrication de ce compost étant de le retourner en le déplaçant tous les dix jours (oxygénation). La pouponnière sera dédoublée au bout de 45 jours, toujours sur le même principe de composition. Un mois et demi plus tard, il sera prélevé 3m2 de cette parcelle grouillante de lombrics, qui seront directement ajoutés au compost en gestation. Le temps nécessaire à la fabrication du compost et la période de repos de la rizière étant le même (3 mois), (récolte juin-repiquage octobre), le calendrier d’exécution est donc pratique (démarrage du compost après la récolte). Cette technique permet d’obtenir un compost lombriqué de qualité exceptionnelle d’une valeur de 500 kg. Nos calculs ont été fait sur la base d’un apport de 10g de compost par plant repiqué. Un pralinage simple (dans le creux de la main) lors du repiquage sera la dernière étape.

Calendrier du compost lombriqué :

(Pour un produit fini de 500kg/hectare/personne) ( = jours de travail) Le pralinage est inclut dans le geste de repiquage.

Juillet Août Sept Préparation pouponnière   

Préparation compost   

oxygénation

   

La surcharge de travail est donc de 12 jours. (+ geste supplémentaire lors du repiquage pas encore quantifié)

Le S.O.R.R.A se résume en quelques mots, travaux minimum d’aménagement des rizières pour maîtriser l’eau (maintenir un niveau d’humidité constant et ne pas noyer les plants, stress hydrique en phase finale de maturation), apport de fertilisant organique (compost lombriqué), plants espacés de 25 cm lors du repiquage. Simple, mais efficace. Notre approche communautaire sera de donner l’exemple sur une parcelle appartenant à un agriculteur âgé et respecté, capable d’assumer le risque du changement, sans remettre en cause les traditions !

Les essais en cours laissent entrevoir la possibilité de multiplication minimale par 2 des rendements actuels avec une surcharge de travail de 20%. Sans effet d’appauvrissement du sol. D’autres perspectives sont définies (apport d’azote par ajout d’algues, apport de légumineuses, couverture intermédiaire de trèfle ladino, semis en direct, réduction progressive de la taille des plants…), mais nous voulons faire simple pour commencer. Afin de pouvoir s’adapter plus facilement au système traditionnel. Le premier essai complet (2008) a donné un rendement de six tonnes à l’hectare !

11- Recensement des espèces végétales de la forêt littorale de la presqu’île de Tintingue.

Flore de la Pointe Tintingue

FAMILLE NOMS SCIENTIFIQUES NOMS MALAGACHES CODE TB STATUT Biologique ACANTHACEAE* Justicia sp* Sahinty ala FLA

AMARYLLIDACEAE* Crinum firrenifolium** Voantsorondrano/(bm) /Tongotro (hp)/Tsingatsa FLH

AMARYLLIDACEAE* Crinum sp. Viakely FLH

APIACEAE Hydrocotyle sp Talapetraka FLH H endémique APOCYNACEAE* Catharanthus roseus Tselabaratra (hp) elabaratra (bm) FLS H

APOCYNACEAE* Cerbera venenifera** Tangena

Ar

APOCYNACEAE* Tabernaemontana sp. 1 Ankangaranolahy (bm) FLA Ar

APOCYNACEAE* Tabernaemontana sp. 2 Ankangaranolahy (bm) FLA Ar

ARACEAE Pothos scandens Tampina FLA L

ARACEAE* Typhonodorum lindleyanun Via/viha FLH H

ARALIACEAE* Gastonia duplicata (Thouarsi) Talandoha (bm) FLL H

ARECACEAE Coco nucifera Voanio (hp) Vany (bm)

Ar

ARECACEAE Dypsis lutescens** Lafaza FLH

pant ARECACEAE Raphia farinifera Ralia FLH Ar

ASPLENIACEAE Asplenium nidus L.** Ahaka FLA pt

BIGNONIACEAE* Ophiocolea floridunda Voatsilana FLA

BIGNONIACEAE* Phyllarthron laxinervum ? Antohiravina FLA Ar exo BIGNONIACEAE* Phyllarthron madagascariense Antohiravina FLA Ar exo BIGNONIACEAE* Phyllartron filicium thouarsi Antohiravina FLA Ar exo BIGNONIACEAE* Phyllartron sp

FLA Ar

BRASSICACEAE Centella asiatica Talapetraka FLS

BURSERACEAE* Canarium madagascariense Arami FLA ar

CACTACEAE Rhipsalis baccifera (L)

FLA e endémique CAESALPINACEAE ? Intsia* bijuga* Hintsy

ar

CAESALPINIACEAE Afzelia bijuga (A Gray)*** Hintsina FLA

CAMPANULACEAE Lobelia anceps Anangisy FLS h

- CAPPARIDACEAE Thilachium sp. Fandifihana FLA

CAPPARIDACEAE* Crataeva excelsa (Boj) Vahinantibavy FLA

CASUARINACEAE* Casuarina esquisetifolia Filao FLM Ar

CLUSIACEAE Calophyllum inophyllum L Foraha FLL Ar

CLUSIACEAE Harungana madagascarien Harongana FLS

Pant CLUSIACEAE Psorospermum sp. Tambitsika (hp) FLL a

COMBRETACEAE* Lumnitzera racemosa (Wild)

Mg Ar

COMBRETACEAE* Terminalia cattapa (Linn)** Atafana FLM Ar exo CONNARACEAE Agelaea pentagyna (H Bn)* Vahimaintina FLA L

CONNARACEAE* Cnestis boiviniana ?

FLL

CONNARACEAE* Cnestis polyphylla ?

FLL

CONVOLVULACEAE* Ipomoea pes-caprae Tsomangaranto (hp) Tsomoangaranto (bm) FLM L

CYCADACEAE Cycas thouarsii (R BR)** Vafaho FLM a

EBENACEAE* Diospyros sp.1

FLA Ar

ERICACEAE* Philippia floribunda (Benth) Anjavidy FLL

ERIOCAULACEAE* Eriocaulon prehensilis

FLH h

EUPHORBIACECEAE Macaranga sp. Mankaragnana (bm) FLA Ar

FABACEAE Abrus precatoriusL*** Masonambon

FABACEAE Canavalia maritima Antadranto FLM L

FABACEAE Dendrolobium umbellatum

FLL

FABACEAE Phaseolus sp.

FLS

FABACEAE Sophora temontosa*

FLM Ar

FABACEAE ? Intsia* bijuga* Hintsy

Ar

FLACOURTIACEAE Aphloia sp.

FLA a endémique FLACOURTIACEAE Aphloia theiformis (Benth) Voafotsy (hp) Dite/ Fandramanana (bm) FLL a

FLAGELLARIACEAE* Flagellaria indica Vahizo (bm)/Vahimpika(hp) FLA L exo GENTIANACEAE Tachiademus carinatus (Gr) Elabaratra FLS h

GOODENIACEAE* Scaevola taccada (Gaertn)

FLM a pant IRIDACEAE* Gladiolus luteus (Lamk)***

FLM h

LAMIACEAE ? Stachytarpheta jamaïcencis Agnankolokolo (bm) FLS h

LECYDITHACEAE Foetida obliqua (Blume)*** Marangiboa FLL Ar

LECYTHIDACEA Barringtonia racemosa Fotatra (badamier) FLL Ar endémique LECYTHIDACEA Barringtonia butonica (forst) Fotabe (bonnet de prêtre) FLL Ar

LENTIBULARIACEAE Utricularia capensis (Spreng)

FLS h exo LILIACEAE Dracaena reflexa** Kesikesika FLA Ar

LILIACEAE* Dianella ensifolia (Lamk)** Rangazaha FLS h

LOGANIACEAE* Anthocleista madagascariensis Dindemo FLA

LOGANIACEAE* Buddleia fusca (Baker)***

LOMARIOPSIDACEAE* Elaphoglossum penduliflora

pt pant LYCOPODIACEAE Lycopodium clavatum

pt pant MALPIGHIACEAE* Tristellateia madagascariensis

MALVACEAE* Hibiscus tiliaceus** Baro (bm)/Mangalavo (hp) FLH Ar

MALVACEAE* Thespecia populnea (soland)

Mg Ar

MELASTOMATACEAE* Clidemia hirta Mazambody FLS h

MELASTOMATACEAE* Dionicha bojeri Ahimasina (hp)

h

MELASTOMATACEAE* Gravesia sp.

MELASTOMATACEAE* Heterotis decubens Masimasina (bm)/Ahimasina/ FLH h pant MELIACEAE* Carapa obovata Bongantalaotra

Ar

MENISPERMACEAE* Burassaia madagascariens Hazondahy FLA

MENISPERMACEAE* Spirospermum penduliforme**

FLL

MIMOSACEAE* Leucaena leucocephalla

FLS a

MIMOSACEAE* Mimosa pudica** Ramiriana FLS h

MONIMIACEAE* Tambourissa purpurea (Tu) Ambora FLL Ar exo MONIMIACEAE* Tambourissa rota (Bak) Ambora

Ar

MORACEAE* Ficus sp. Ankavia FLA Ar

MYRICACEAE Myrica spatulata (Mir)

FLL

endémique MYRSINACEAE* Oncostenum sp. Hazontoho (hp) FLA

pant MYRTACEAE Caryophyllata aromatica C Jorifo

Ar endémique OCHNACEAE Discladium sp.

FLL

ORCHIDACEAE Aerangis citrata (Schlt.)

FLA

ORCHIDACEAE Oeiniella polystachys (Schltr)

FLA

PANDANACEAE Pandanus sp.3 Vakoen-drato FLM a exo PASSIFLORACEAE* Paropsia edulis (Thouar)

PHYSENACEAE* Physena madagascariensis Fanavimangoko FLA

exo POACEAE Nastus sp.

FLA

POACEAE* Imperata cylindrica Tenina

h

PTERIDACEAE Acrostichum aureum*** Anantsenkomboay

H

RHAMNACEAE Macrorhamnus faralaotra Anamparalaotro FLA Ar

RUBIACEAE Chassalia sp.

FLA

exo RUBIACEAE Psychotria sp.

FLL

exo RUBIACEAE Vangueria edulis Vavandrika (hp)

A exo RUBIACEAE* Danais fragrans ?

FLA L

RUBIACEAE* Guettarda speciosa

FLL A

RUBIACEAE* Memecylon sp.

RUBIACEAE* Morinda sp.

FLS Ar pant RUBIACEAE* Paederia sp. Vahimantsina FLS

exo RUBIACEAE* Saldinia sp.* Mahitsohely FLA A pant SAPINDACEAE* Dodonea viscosa (Jack ) Dingadingana FLS A

SAPOTACEAE* Mimusops commersonii (G) Varanto FLL Ar pant SAPOTACEAE* Sideroxylon gerrardiania (H) Malambovony/Nanto

Ar

SARCOLAENACEAE Sarcolaena grandiflora (D) Elana (hp) FLL

pant SAXIFRAGACEAE* Brexia madagascariensis Varongy (hp) Tsibabena (bm) FLA A

SMILACACEAE* Smilax kraussiana (Meissor) Avetro/ FLA L

SMILACACEAE* Smilax sp. Avetro

L pant SOLANACEAE* Solanum auriculatum Tambako

STERCULIACEAE Thespesia populnea (Soland)**

Mg Ar

STERCULIACEAE* Heritiera littoralis** Varono (bm) Lolony FLH Ar pant STRELITZIACEAE* Ravenala madagascariens Ravinala FLU H exo TACCACEAE* Tacca pinnatifida** Tavolo FLA H

VACCINACEAE* Vaccinum emirnense (Hook)

FLL A

VERBENACEAE Lantana camara Radriaka (bm)/Fosty (hp) FLS A

VERBENACEAE Phyla nodiflora

FLL

VERBENACEAE Premna corymbosa** Angezoka FLL A

VERBENACEAE Stachytarpheta jamaïcencis Agnankolokolo (bm) FLS H exo VERBENACEAE Vitex beravinensis (Vatke)* Fotsy/ Avadika (hp) FLA A

VERBENACEAE Vitex beravinensis (Vatke)* Fotsy / Avadika (hp) FLA A

ZINGIBERACEAE Aframomum angustifolium * Longoza FLS

12- Utilisation traditionnelle des espèces végétales de la mangrove.

Lieu : Pointe Tintingue. Presqu’île de Mahela. Commune rurale de Manompana. Madagascar.

Informations récoltées sur le terrain avec les villageois, ce document est une base de travail, destiné à être corrigé et vérifié de manière scientifique.

Utilisation énergétique : (bois de cuisson)

- Avicennia
- Sonneriata
- Ceriops
- Bruguiera
- Rhizophora (aussi utilisé pour la confection de charbon de bois).

Utilisation en construction :

- Rhisophora : (quasi imputrescible), Poteaux, pieux d’appontements, traverses.
- Bruguiera : (bois dur), poutres maitresses.
- Xylocarpus : (bois souple et résistant), outils de toute sorte, construction navale.
- Ceriops : Panneaux de particules.
- Heritiera : construction navale, menuiserie.
- Sonneriata : caisseries, piquets de clotures.
- Nypa : confection de murs, toitures (feuilles).

Utilisation domestique :

- Sonneriata : (pneumatophores), flotteurs pour filets de pêche.
- Bruguiera et Ceriops : colle extraite de l’écorce. Huile cosmétique.
- Nypa : papier à cigarettes, nattes, cordes, vêtements de pluie, balais. Les feuilles pour flotteurs de pêche.
- Xylocarpus : graines, huile pour lampe. Bois : manches d’outils, mortiers, jouets d’enfants.

Fabrication de tanins :

A partir de l’écorce (couleur rouge-brun) de Bruguiera, Rhizophora et Ceriops. Protection et coloration du cuir, teinture de vêtements, cordes, voiles. Augmente la longévité des filets de pêche. A noter que ces tanins firent l’objet d’un négoce important jusqu’à la moitié du 20 ème siècle.

Utilisation médicale traditionnelle :

Partie utilisée Nom Utilisation traditionnelle écorce Xylocarpus Fébrifuge, astringente : aphtes Feuille (décembre) Lumnitzera Aphtes Feuilles (décembre) Nypa Aphtes écorce Rhizophora mangle Hémorragies Feuilles, racines Lynometra Lèpre écorce Avicienna Parasites de la peau Graines Cerebera Huile, massage articulations Ecorce (décembre) Rhizophora mucronata Diarrhées, dysenterie, lèpre.

Utilisation alimentaire pour les animaux domestiques :

Partie utilisée Nom Destination feuilles Nypa, Héritiera, Sonneriata Zébus Graines (farine) Nypa Zébus Feuilles, fruits Avicienna africana zébus

Utilisation alimentaire humaine :

Partie utilisée Nom Destination Fruits Rhizophora Boissons fermentées écorces Bruguiéra gymnorhiza Condiments Fleurs Cériops Miel Cendre Avicenna Sel Fruits Sonneriata Mangés crus Jeunes racines Bruguiera gymnorhiza Légumes Graines Avicennia Mangées cuites Sève Nypa Sucre Alcool Boissons fermentées Vinaigre Jeunes graines Nypa Enrobées de sucre Comme fruits confits

13- Tourisme participatif :

Concept ambitieux s’il en est puisqu’il s’agit de reverser la partie de l’hébergement que paient les voyageurs afin d’alimenter une caisse de développement du village et de donner l’opportunité aux villageois en faisant la demande de construire des unités d’hébergement chez l’habitant. Pour que les voyageurs aient un confort d’accueil correct (douche, sanitaire, literie, moustiquaire, hygiène alimentaire), la construction de ces unités demande l’achat de matériaux incontournables : ciment, plomberie, porcelaine, fers à béton. Le coût de ces matériaux pour une unité (bungalow semi-dur de 20m2, sanitaire, douche) est estimé à 500 € (cinq cent euros). La main d’œuvre ainsi que les matériaux disponibles sur place seront à la charge des demandeurs. Le bénéficiaire de la première unité s’engagera à rembourser l’apport initial sur la part hébergement de son activité, afin d’initier la construction d’une deuxième unité, et ainsi de suite. Lorsque le nombre d’unités d’hébergement sera suffisant (définition du nombre d’unités en concertation avec le village) les derniers 500 € seront affectés à une autre action génératrice de revenus. Ce concept ne pouvant fonctionner qu’avec un fond de départ, Mme Ranaivo (pointe Tintingue) et Mr Kiko (Amboditavolo) mettent gratuitement à disposition leurs bungalows respectifs afin d’alimenter la caisse. Il a été défini (en concertation avec l’hôtelier du village, Mr Wen-Ki, hôtel Bon-ancrage) un prix d’hébergement en pension complète de 10 €/jour, réparti comme suit : 5 €/hébergement, 5€/repas. Les voyageurs désirant participer à ce projet tiendrons eux-mêmes la comptabilité de leur apport (en association avec le conseil des villageois et la mairie de Manompana), ceci afin d’assurer une transparence totale de l’utilisation des fonds (comptabilité en trois exemplaires : voyageur, conseil des villageois, association). L’intérêt de cette action est multiple puisqu’il permet de résoudre, (de manière ponctuelle), le problème de l’assainissement, d’accélérer la prise de conscience, (par l’exemple), d’une obligation de souci de l’hygiène, (fosse septique), d’alimenter la caisse de développement et de rendre visible la finalité du projet associatif. Une formation, (accueil des voyageurs, hygiène alimentaire, service), sera de surcroît dispensée aux demandeurs. L’association se chargera de faire venir les voyageurs en se servant des moyens de communications disponibles : internet, relais associatifs. Organiser des voyages sur le thème du tourisme participatif sera l’extension logique de cette action. (La mise en place de tels voyages est facilement réalisable, il existe une demande et les atouts de la région de Manompana sont exceptionnels).

14- Plantes Médicinales de la région de Manompana :

Nom vernaculaire Genre Espèce Famille Anantsenkomboay Acrostichum aureum Polypodiacées Vahimaïntina Agelae pentagyna Connaracées Allamanda Allamanda cathartica Apocynacées Dindemo Anthocleista longifolia Loganiacées Afiafy Avicennia marina Avicenniacées Fotatra Barringtonia racemosa Lecythidacées Rara Brochoneura madagascariensis Myristicacées Foraha Callophyllum inophyllum Guttifères Vantsirokonangatra Cassia occidentalis Césalpinacées Tsihitafototra Cassytha filiformis Lauracées Tselabaratra Catharanthus roseus Apocynacées Famehifary Clitoria lasciva Papilonacées Cafetotony Coffea robusta/arabica Rubiacées Monakobaonga Combretum sp. Combretacées Zana Dialum unifolium Césalpinacées Rangazaha Dianella ensifolia Liliacées Hasimbola Draecena sp. Liliacées Hazomaintina Dyospyros hazomainty Ebénacées Fangilamasonaombry Elephantopus scaber Asteracées Amontana Ficus baroni Moracées Vahizo Flagellaria indica Flagellariacées Haronga Haronga madagascariensis Hypericacées Tsilavondriaka Hydrostachys sp. Hydrostachyacées Radriaka Lantana camara Verbenacées Manombohavana Leea guineensis Leeacées Bonaka Ludwigia octovalvis Onagracées Tanhadraka Lycopodium cernuum Selaginallacées Famahitrankanga Lygodium lanceolatum Schizeacées Kininyrano Melaleuca iridiflora Myrtacées Ramiarana Mimosa pudica Mimosacées Aferontany Mollugo nudicaulis Aizoacées Romba Ocimum gratissimum Labiacées Maherihely Pachytrope dimepate Moracées Vahimantsy Paedaria foetida Rubiacées Antohiravina Phyllarthron madagascariensis Bignoniacées Volombodindronga Phymatodes scolopendria Polypodiacées Fanavimangoko Physena madagascariensis Flacourtiacées Tongatra Piper subpeltatum Pipéracées Voatamenaka Poivrea sp. Combretacées Voantamenaka Poivrea sp. Combretacées Tampina Pothos scandens Aracées Kakazomananjara Pseudopteris sp. Sapindacées Gavodisily, Gavodisiny Psidium cattleyanum Myrtacées Gavo Psidium guayava Myrtacées Tavia Rhopalocarpus louvelii Rhopalocarpacées Vasevantandraka Sabicea diversifolia Rubiacées Sindahoro Sida rhombifolia Malvacées Voasorindry Sorindeia madagascariensis Anacardiacées Anantseko Stenochlaena tenuifolia Blechnacées Tsilanimboana Strychnos henningsii Loganiacées Varotro Syzygium racemosa Myrtacées Tavolo Tacca pinnatifida Taccacées Voamadilo Tamarindus indica Césalpinacées Kobila Terminalia monoceros Combretacées Vahimarana Tetracera madagascariensis Dilleniacées Viha Thyphonodorum lindleyanum Aracées Andrarezina Trema orientalis Ulmacées Trotro mena Tristema mauritiana Mélastomatacées Tampina Uapaca bojerii Euphorbiacées Hazoambo madini-dravina Xylopia sp Annonacées

15-Recherche d’alternatives au bois de cuisson.

Le constat d’une obligation de trouver des alternatives au mode de cuisson traditionnel, (kitay) bois sec, est dorénavant acquis pour l’ensemble de la population de Manompana. Entre 1991 et 2009 la distance parcourue par les villageois pour se procurer ce combustible est passée de 1 km à 10 km en moyenne. Les alentours du village se sont vus dépouillés de tous les arbres disponibles (hormis les fruitiers et les zones privées). Les arbres de la mangrove ont été les premiers à disparaître, la prise de conscience collective de leur rôle stabilisateur sur la frange littorale et modérateur des grandes marées a été accentuée par les cyclones de 2002 et de 2008. Cet évènement, (montée des eaux et perte de quelques mètres de terre dans le village), ont prouvés par l’exemple la pertinence des discours distillés depuis une vingtaine d’années. De nombreux villageois sont venus nous dire que nous avions eu raison d’être intransigeants en ce qui concerne l’abattage du bois sur la pointe Tintingue, (cette interdiction ferme ne fut pas aisée et nous avait attiré de nombreuses inimités), car la fonction protectrice de la presqu’île par rapport au village leur est apparu de manière claire et concrète. Cette prise de conscience, (essentielle pour initier une réflexion communautaire), permet de pouvoir envisager une action de reboisement impliquant l’ensemble de la population. C’est un point positif. Mais il faudra attendre au minimum quinze ans avant qu’une utilisation de ces plantations soit effective. Les besoins sont quotidiens (cuisson du riz), il s’agit donc d’un problème crucial et urgent.

Quelles sont les solutions possibles ?

- Charbon de bois.
- Gaz.
- Energie solaire.
- Energie éolienne.
- Réduction du besoin énergétique.

Quelles solutions réalisables ?

- Charbon de bois :

Pour commencer, cette solution de transition peut permettre de donner le temps aux autres solutions de se mettrent en place. Pour cela il faudra acheter le charbon de bois, (en étant conscients que nous ne faisons que déplacer le problème. L’origine de ce charbon de bois est fatalement le résultat d’un abattage). Pour pouvoir payer ce charbon de bois il faudra débourser de l’argent, (jusqu’ici le combustible était gratuit), il est donc nécessaire de trouver une source de financement.

- Gaz :

L’emploi du gaz est une autre solution mais nous renvoie automatiquement au même problème de coût. Il existe aussi la possibilité de récupérer le méthane domestique (issu de fosses septiques). C’est une méthode employée par la Chine, des essais probants ont été réalisés en Afrique (prison et université de Kigali). Travailler sur cette idée nous paraît très porteur car cela aurait l’avantage de résoudre en même temps le problème de l’assainissement. Nous avons fait des demandes d’informations mais jusqu’ici nous n’avons eu aucun retour. Nous sommes en contact avec un ingénieur français qui devrait venir un an sur place pour faire un test, nous espérons que cela va se faire ! Il y aura aussi un gros travail de sensibilisation (rapport entre les excréments et la nourriture), mais nous comptons sur l’exemple pour faire accepter l’idée.

- Energie solaire :

Cette solution est la plus rapidement adaptable à Manompana. L’ensoleillement annuel le permet, (même s’il faudra intégrer le facteur pluie). Les cuiseurs solaires fonctionnent déjà aux quatre coins de la planète, des études ont été faites, des prototypes adaptés sont disponibles, il en existe à Madagascar. Reste à régler le problème du coût et de la fiabilité. Nous sommes persuadés qu’il est possible de fabriquer des cuiseurs avec des matériaux de récupération. Nous avons fait des recherches dans cette direction et nous avons la chance d’avoir rencontré (sur internet), un enseignant français, ([email protected]) sensibilisé au problème de la déforestation, qui a fabriqué un prototype et est venu le mettre en place à Manompana au mois de juillet 2007. Nous comptons le faire fonctionner sur le terrain de l’école maternelle (visibilité de l’ensemble du village et intérêt didactique par l’exemple). Nous espérons beaucoup de cet essai, car nous croyons fortement au réel potentiel des cuiseurs solaires. Le gros avantage étant la possibilité de pouvoir fournir une énergie de substitution gratuitement, (si l’essai est concluant nous ferons en sorte de trouver les matériaux, le mode de fabrication sera enseigné aux villageois). Equiper de fours solaires les boulangers du village sera le thème d’une autre étude, la consommation en bois de ces boulangers étant non négligeable.

- Energie éolienne :

Le régime d’alizé dont bénéficie la région de Manompana permet d’envisager la solution éolienne. Nous avons fait des recherches pour réduire les coûts de fabrication au minimum et sommes arrivé au constat que cette alternative est possible. Il faudra néanmoins l’appui technique de personnes compétentes et l’achat de certaines pièces est incontournable, mais cela reste une solution réalisable. Nous continuons nos recherches pour réduire encore les coûts et prévoyons le premier essai d’ici la fin de l’année.

- Réduction des besoins énergétiques :

La cuisson du riz représente 90% des besoins énergétiques de la population de Manompana (hors besoins des boulangers), il est possible de réduire cette demande en optimisant les récipients de cuisson. Les récipients traditionnels (vilany : marmites en aluminium), sont beaucoup moins performants qu’une cocotte minute. Il suffirait de pouvoir équiper chaque foyer d’une cocotte minute pour réduire la demande énergétique d’au moins 50% (voire plus). Cela nécessite l’achat des cocottes et une acceptation de ce changement par la population, nous n’avons pas de solution immédiate pour l’achat, mais en ce qui concerne l’acceptation de la nouveauté nous sommes confiants. Nous avons doté une famille de planteurs d’une cocotte minute, pour la cuisson des grains (les haricots sont achetés secs et demandent un long temps de cuisson), une fois la technique de cuisson comprise cette famille nous a fait part de l’économie de bois que cela génère. Leurs voisins ont exprimés le désir d’en acheter. Il suffirait que l’on arrive à proposer un bon prix de vente pour que l’emploi de cocottes se généralise. Doter l’ensemble de la communauté de cocottes minutes réduirait la consommation en bois de cuisson de 50%, c’est énorme !

Si nous arrivons à coupler dans un premier temps : (énergie solaire et énergie éolienne) + (cocottes minute) et que nous pouvons proposer ces solutions à un coût raisonnable, ensuite dans une deuxième phase, réaliser la récupération du méthane domestique, il y a de grandes chances pour que l’accession à une gestion durable des besoins énergétiques devienne une réalité. Cela aura un impact direct sur la déforestation, accélérera la prise de conscience collective de la possibilité de trouver des solutions à un problème identifié et encouragera la réalisation des autres actions.

Conclusion :

Solution au problème énergétique + reboisement + optimisation des rendements rizicoles + plu value sur les produits locaux = possibilité réelle de développement durable à Manompana. Nous espérons que notre plan de gestion vous a convaincu et attendons votre réponse avec impatience. Une réelle dynamique est actuellement en train de se mettre en place dans la région de Manompana, aidez-nous à la concrétiser !