Pour un travail décent dans un monde durable, à faibles émissions de carbone

Une étude publiée par le Programme de l’ONU pour l’Environnement en 2008 sur « l’économie verte » au niveau mondial (« Pour un travail décent dans un monde durable, à faibles émissions de carbone ») montre que les actions permettant de faire face au changement climatique pourraient générer des millions de nouveaux « emplois verts » dans les décennies à venir, aussi bien dans les pays industrialisés que dans les pays en développement.

Le rapport indique que le changement climatique, et les conséquences de l’adaptation qu’il nécessite ont de profondes implications en matière de développement économique et social, de modèles de production et de consommation et donc en matière d’emploi, de revenus et de réduction de la pauvreté.

Ainsi, le marché mondial des produits et services liés à l’environnement devrait doubler pour passer de 1370 milliards de dollars par an actuellement à 2740 milliards de dollars vers 2020, selon une étude citée par le rapport. La moitié de ce marché concerne l’efficacité énergétique et l’autre moitié les transports durables, l’approvisionnement en eau, l’assainissement et la gestion des déchets. Les secteurs les plus impactés seront ceux concernant la fourniture d’énergie, notamment les énergies renouvelables, le BTP, les transports, les industries lourdes, l’agriculture et l’industrie forestière. A titre d’exemple, ces dernières années, 2,3 millions de personnes ont trouvé du travail dans le seul secteur des énergies renouvelables, et le potentiel de croissance de l’emploi dans ce secteur est énorme. Le nombre d’emplois dans les énergies alternatives pourrait grimper jusqu’à 2,1 millions dans l’éolien et 6,3 millions dans le solaire thermique d’ici 2030.

Une transition mondiale vers des bâtiments économes en énergie pourrait créer des millions d’emplois, de même que la modification des emplois existants pour un grand nombre des 111 millions de personnes qui travaillent déjà dans le secteur de la construction. Les investissements réalisés pour améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments pourraient créer de 2 à 3,5 millions d’emplois verts supplémentaires en Europe et aux Etats Unis, avec un potentiel bien plus élevé dans les pays en développement.

Quelques exemples chiffrés :
- En Allemagne, la technologie environnementale devrait quadrupler pour atteindre 16 % de la production industrielle vers 2030, l’emploi dans ce secteur surpassant ainsi celui des grandes industries du pays, à savoir l’automobile et les machines-outils.
- Aux Etats-Unis, les flux financiers investis dans les technologies propres constituent déjà le troisième secteur d’investissement en capital risque après l’information et les biotechnologies.
- En Chine, le capital risque investi dans les technologies propres a plus que doublé ces dernières années, atteignant 19 % du total des investissements. 600 000 personnes sont déjà employées dans des produits de fabrication et d’installation d’énergie solaire tels que les chauffe-eau solaires.
- Au Venezuela, un mélange de 10% d’éthanol dans les carburants pourrait générer un million d’emplois dans le secteur de la canne à sucre d’ici 2012.
- Au Brésil, le recyclage et la gestion des déchets emploient aujourd’hui 500 000 personnes. Ce secteur devrait se développer rapidement dans de nombreux pays face à l’augmentation des prix des denrées de première nécessité.
- Au Nigeria, une industrie de bio-carburants basée sur les récoltes de manioc et de canne à sucre pourrait se révéler durable et employer 200 000 personnes.
- L’Inde pourrait créer 900 000 emplois d’ici 2025 grâce à la gazéification de la biomasse dont 300 000 dans la fabrication de fours et 600 000 dans des activités comme la fabrication de briquettes et de boulettes et dans la chaîne d’approvisionnement de carburant.
- En Afrique du Sud, 25 000 anciens chômeurs sont maintenant employés dans la conservation de l’eau.

Ce rapport ne remet pas en cause les effets néfastes du réchauffement climatique sur certains emplois actuels dans les secteurs agricoles ou touristiques. Il signale également que certains de ces nouveaux emplois risquent d’être « rebutants, dangereux et difficiles » comme le recyclage des matériaux dangereux pour la santé.