Une étude sur les français et le petit éolien : une réticence face au prix

Selon une étude réalisée par l’institut de sondage Ifop pour Windeo, premier opérateur européen de petit éolien, 60 % des personnes interrogés connaissent les petites éoliennes, mais seulement 32 % en ont déjà vu.

De manière générale, les éoliennes de petite taille apparaissent comme un moyen de production d’énergie propre, économe et au point sur le plan technique. Et si elles sont jugées inesthétiques par une majorité de Français, les craintes suscitées par leur impact sonore ou paysager restent limitées.

En revanche, le coût à l’achat (réel ou supposé) apparaît comme un frein majeur à leur développement. Dans ce cadre, mieux communiquer sur les aides financières existantes ou leur appliquer le même dispositif qu’aux panneaux solaires pourrait avoir des effets directs sur le taux d’équipement des Français. Le fait près d’un Français sur six se dise certain d’en installer une chez lui si le retour sur investissement était de moins de 5 ans est le signe d’un réel potentiel de développement.

Il existe a toutefois des différences d’attitudes et de jugement fortes selon les catégories de Français. Alors que les couches les plus âgées et les moins aisées de la population se montrent plus réticentes que la moyenne et plus sensibles aux bénéfices économiques qu’elles pourraient en tirer, les jeunes et les catégories supérieures s’avèrent à la fois les plus convaincues et les plus motivées par les arguments écologiques.

La connaissance et la perception du petit éolien

Près de trois Français sur cinq (59%) savent qu’il existe des éoliennes de petite taille qu’ils peuvent installer chez eux pour produire de l’électricité et alimenter des appareils électriques. Ce degré de connaissance est étroitement corrélé à des variables géographiques comme la taille d’agglomération et le type d’habitat.

Ce type d’équipement étant par essence limité à l’habitat individuel, la part de Français en connaissant l’existence est beaucoup plus élevée chez les habitants en maison individuelle avec jardin (66%) qu’en logement collectif (45%). Le degré de connaissance des ruraux est à cet égard beaucoup plus élevé (69%) que celui des habitants de l’agglomération parisienne (44%). Géographiquement, ce degré de connaissance est le plus faible en Ile-de-France, région où le prix du foncier, la verticalité et la densité de l’habitat ne favorisent pas l’instauration de tels équipements,(44% contre 59% en moyenne).

D’autres variables influent de manière plus limitée sur la notoriété du petit éolien : le sexe d’abord, avec une connaissance plus élevée des hommes (68% contre 52% chez les femmes) ; l’âge ensuite, les jeunes de moins de 35 ans (50%) en ayant une moindre connaissance que leurs ainés (63%) ; la profession enfin, avec un degré de connaissance qui s’établit à 55% chez les ouvriers et les employés, à 61% chez les professions intermédiaires et à 66% chez les cadres.

Un Français sur trois (32%) a déjà vu des petites éoliennes. De même, cette visibilité des petites éoliennes varie selon les mêmes variables que le degré de connaissance.

Beaucoup plus élevée en milieu rural (39%) qu’en agglomération parisienne (23%), cette visibilité des éoliennes de petite taille est aussi beaucoup plus forte parmi les habitants de maison individuelle avec jardin (36%) que parmi ceux qui résident en logement collectif (23%). Elle est plus marquée chez hommes (36%) que chez les femmes (28%). Mais elle varie peu en fonction de l’âge ou de la catégorie socioprofessionnelle des personnes interrogées. Notons toutefois que certaines catégories d’actifs, comme les artisans, commerçants et chefs d’entreprise, sont beaucoup plus nombreuses que la moyenne à en avoir déjà vu (50% contre 32%).

De manière générale, les perceptions des petites éoliennes sont plutôt positives. Elles renvoient l’image d’une énergie à la fois propre et peu couteuse. Mais comme l’ensemble des éoliennes, elles sont jugées inesthétiques et suscitent certaines craintes quant au bruit et à leur impact sur le paysage.

Plus des trois quarts des Français voient dans les éoliennes de petite taille des machines produisant de l’énergie peu coûteuses (83%), respectueuses de l’environnement (77%). En cela leur image correspond à celles des éoliennes de grande taille, perçues avant tout comme des sources l’énergie propres et peu couteuses. De même, sur un plan technique, elles apparaissent à une majorité de Français comme des machines faciles à installer (60%) et pas fragiles en cas de tempête (57%). A cet égard, elles sont largement reconnues comme pas dangereuses pour les riverains (80%).

Mais elles suscitent certaines appréhensions sur leur coût à l’entretien et à l’achat qui, toutes deux spécifiques aux petites éoliennes, ne sont pourtant pas exprimées avec la même vigueur : la première reste un fait minoritaire (45%) sauf chez les ouvriers (52%) et les Franciliens (51%), la seconde est exprimée massivement (84%) dans toutes les catégories de la population.

Les autres représentations négatives des petites éoliennes sont du même ordre que pour l’ensemble des éoliennes, à savoir le manque d’esthétisme (65%) et, dans une moindre mesure, leur impact sur le paysage (51%) et au niveau sonore (50%). Cependant, l’opinion reste très partagée sur leur impact négatif sur le paysage ou leur caractère bruyant. Sur ce dernier point, on voit ainsi apparaître des clivages très nets. Les personnes percevant les petites éoliennes comme une source de nuisances sonores se situent avant tout dans les rangs des personnes âgées (55% chez les 50 ans et plus), des travailleurs indépendants (57% des ouvriers) et des sympathisants de droite (54%). Enfin, il convient de noter que l’image des éoliennes varie peu en fonction de la proximité politique : seuls les sympathisants Verts se distinguent parfois par des représentations plus positives que la moyenne.

B – L’équipement en petit éolien

Interrogés de manière spécifique, les personnes résidant en maison individuelle sont plus d’une sur quatre (28%) à se dire disposer à acheter des petites éoliennes. Et parmi ces personnes, une sur vingt (5%) se déclare certaine d’en acheter. Certes, la grande majorité d’entre elles n’y est pas prête (72%). Mais dans les faits, les éoliennes de petite taille disposent d’un réel potentiel de développement.

Ce potentiel de développement existe tout particulièrement chez les jeunes (42% chez les moins de 35 ans), les catégories supérieures (37% des cadres, 41% des professions intermédiaires) et les ruraux (37%). Et s’il ne varie pas beaucoup en fonction de la proximité politique, il apparaît sensiblement plus élevé que la moyenne dans les rangs des sympathisants verts (37%). A l’inverse, ce potentiel d’achat semble très limité chez les personnes âgées (82% des retraités ne sont pas disposés à un tel achat), les ouvriers (78%), chez les habitants du quart nord est de la France (76%) et en agglomération parisienne (83%).

Les Français disposés à acheter des petites éoliennes expliquent leur choix en évoquant les deux grandes qualités reconnues à ces éoliennes, à savoir la fourniture d’une énergie propre et peu couteuse.

Les deux raisons avancées majoritairement par les acheteurs potentiels sont, d’une part le souhait de réaliser des économies (59%), d’autre part le désir de disposer d’une énergie propre et écologique (52%). Les autres principaux motifs sont la volonté d’agir contre le réchauffement climatique (37%) et la nécessité d’être auto-suffisant en électricité (23%). L’intention de revendre l’énergie produite pour s’assurer une source de revenus complémentaire reste une motivation marginale (13%), tout comme la volonté de diversifier ses sources d’électricité (8%).

Dans le détail, on note que toutes les catégories de Français ne sont pas motivées par les mêmes raisons. Ainsi, les motifs économiques comme le souhait de réduire sa facture énergétique sont surtout avancées par les couches les plus âgées (72% chez les 65 ans et plus) et les moins aisées (68% des ouvriers, 62% des employés) de la population. A l’inverse, les motivations écologiques comme le désir d’agir contre le réchauffement émanent surtout des rangs des jeunes (60% des moins de 25 ans), des catégories supérieures (47% des cadres, 42% des professions intermédiaires) et des sympathisants Verts (56%).

Les personnes non disposées à acheter des petites éoliennes expliquent leur choix en mettent en avant le prix des petites éoliennes (39%), loin devant la dégradation du cadre de vie et du paysage (30%), les difficultés de voisinage (28%) ou le manque de place (25%).

Les risques de nuisances sonores (21%) ne constituent que la cinquième raison avancée, devant le manque de rentabilité de l’investissement (14%), l’insuffisance du vent dans la région (11%) ou la difficulté d’installation (10%). Les autres motifs comme les démarches à effectuer pour l’installation (6%) ou les risques d’accident (4%) ne sont cités que dans des proportions marginales.

Dans le détail, il faut souligner combien la part de personnes citant le prix comme principal facteur de dissuasion (39% en moyenne) tend à décroître avec l’âge, la catégorie socioprofessionnelle et la taille d’agglomération des personnes interrogées. Ainsi, cette proportion est deux fois plus élevée chez les jeunes de moins de 25 ans (60%) que chez les personnes âgées de 65 ans et plus (30%). De même, elle est deux fois plus forte chez les ouvriers (51%) que chez les cadres (26%).

La principale appréhension à l’égard des petites éoliennes s’articulant autour de leur coût à l’achat, les Français se montrent sensibles à cette question du prix et notamment à l’amortissement d’un tel investissement. Près d’un Français sur deux (48%) serait disposé à installer une petite éolienne si on lui assure un retour sur investissement de moins de 5 ans. Et parmi eux, près d’un sur six (16%) serait certain d’en installer une chez lui. Confirmant l’idée selon laquelle le prix constitue le principal frein à l’achat d’une petite éolienne, ces réponses révèlent l’existence d’un réel levier d’action sur ce point. Dans l’hypothèse où les petites éoliennes bénéficieraient du même dispositif que les panneaux solaires, la proportion de Français susceptibles d’en installer pourrait être très élevée, notamment chez les jeunes (70% chez les moins de 35 ans), les professions intermédiaires (64%) ou les sympathisants Verts (59%). Mais cetteproportion serait aussi majoritaire chez les cadres (56%), les ruraux (55%) et lessympathisants centristes (59%).

Le niveau de connaissance des aides financières à l’achat d’une petite éolienne demeure limité : moins de deux Français sur cinq (39%) savent qu’il existe aujourd’hui des aides financières (prêts à taux zéro, aides régionales…) pour s’équiper en petite éolienne.

Dans le détail des résultats, ce niveau de connaissance varie d’ailleurs beaucoup en fonction de l’âge, du type d’habitat ou de la taille d’agglomération. Les jeunes de moins de 25 ans sont ainsi deux fois moins nombreux connaître l’existence de telles aides (25% contre 48% des personnes âgées de 50 à 64 ans). De façon similaire, les ruraux en ont beaucoup mieux connaissance (44%) que les habitants des communes urbaines de province (40%) ou l’agglomération parisienne (29%). Enfin, ce niveau de connaissance est beaucoup plus élevé chez les habitants en maison individuelle avec jardin (44%) qu’en logement collectif (29%).

C – Les questions d’actualité

La majorité des personnes interrogées (54%) a le sentiment que la crise économique actuelle va plutôt accélérer le développement du secteur de l’économie verte (énergies renouvelables, développement durable…). Toutefois, une forte proportion des Français estime le contraire (44%), en particulier les jeunes (55% des moins de 25 ans) et les catégories populaires (50% chez les ouvriers, 55% chez les employés).

A l’inverse, les personnes qui considèrent que l’impact de la crise sera positif se recrutent surtout parmi les couches les plus âgées (57% des 50 ans et plus) et les plus aisées (60% des cadres) de la population. Enfin, sur le plan politique, la proximité partisane influe peu sur les réponses hormis en ce qui concerne les sympathisants Verts, plus acquis (63% contre 54% en moyenne) à l’idée que la crise aura un impact positif sur le développement de ce secteur.

Les efforts des pouvoirs publics en matière d’énergie éolienne sont jugés insuffisants par une majorité de Français, quelle que soit leur étiquette politique.

Au moins les deux tiers des personnes interrogées ont le sentiment que les pouvoirs publics ne font pas suffisamment d’efforts pour développer l’énergie éolienne (68%), subventionner la mise en place d’une petite éolienne (70%) ou encourager les Français à s’équiper en petite éolienne (81%). Sur ce dernier point, il est intéressant de noter que cette insatisfaction àl’égard de l’action des pouvoirs publics est aussi exprimée par une majorité de sympathisants UMP (entre 59% et 76% selon les sujets).

Cette insatisfaction à l’égard des pouvoirs publics n’en reste pas moins plus élevée dans les rangs des sympathisants de gauche (entre 74% et 86% selon les sujets) et, plus largement, des jeunes et des catégories populaires. Les employés s’avèrent notamment très insatisfaits des efforts entrepris pour subventionner la mise en place d’une petite éolienne (85% contre 70% en moyenne) ou pour encourager les Français à s’équiper en petite éolienne (93% contre 81% en moyenne). De même, les ruraux sont parmi les plus insatisfaits en ce qui concerne les efforts entrepris pour encourager les Français à s’équiper en petite éolienne (84% contre 79% chez les habitants de l’agglomération parisienne).