« Comment les Riches détruisent-ils la planète ? Hervé Kempf

Compte rendu de la présentation du livre d’Hervé Kempf, journaliste écolo du Monde : « Comment les riches détruisent-ils la planète ? »

Hervé Kempf a suivi longtemps la question des OGM pour le journal Le Monde. Il a pris conscience de l’importance capitale des questions environnementales suite à Tchernobyl et a choisi depuis d’orienter sa carrière journalistique vers la transmission d’informations à ce sujet, d’œuvrer à la sensibilisation des citoyens français. Mais le journalisme est aussi contraignant dans la limitation du nombre de mots qu’il impose, c’est pourquoi Hervé Kempf a décidé de prendre aussi la casquette d’écrivain pour nous délivrer la « cristallisation » de ses années d’expériences et de ses réflexions personnelles, dans un livre énergique, au titre provocateur : « Comment les riches détruisent-il la planète ? » Il est l’invité du conseil régional du Val de Seine, le 6/11/07, dans le cadre d’un cycle de conférences, ou Université Populaire, sur le thème des grandes questions planétaires. Un nouveau cycle commence du 13 Novembre au 18 décembre au rythme de une conférence par semaine ayant lieu au 23 rue Raspail, Ivry/Seine.(voir www.cg94.fr).

Hervé Kempf donne une rapide introduction à son livre, un contexte : nous vivons une situation historique, le moment où l’humanité pour la première fois rencontre les limites de la biosphère. Cette situation se manifeste par une crise écologique d’une dimension unique et globale :
- Changements climatiques (avec des certitudes communément admises par la majorité de la communauté scientifique et différents scénarios selon la façon dont nous réagissons à cette menace)
- Crise de la biodiversité (Aussi admise dans le milieu de la Biologie mais encore mal quantifiée, cette crise est reconnue comme la 6e grande période d’extinction des espèces, à un rythme 100 fois plus élevé que les crises des périodes géologiques, la dernière crise étant la disparition des dinosaures il y a de cela 65 millions d’années. Cette 6e crise se traduit par la contamination de tous les écosystèmes, de gros problèmes au niveau de la ressource essentielle qu’est l’eau, la fragilisation des océans qui sont saturés de CO2, mais aussi par des troubles des fonctions reproductives observés chez l’humain surtout dans les pays occidentaux, etc.)

De ce constat, naît la question centrale du livre : alors qu’on sait l’importance de ces phénomènes et que l’information s’accumule, nos sociétés ne bougent pas même si l’on peut observer quelques signes parfois très ambigus comme le Grenelle de L’environnement.

De plus, quand on parle d’environnement, on oublie souvent de mentionner son lien avec les sciences sociales, d’expliquer l’impact des rapports de pouvoir entre les individus de nos sociétés. Ce livre veut donc apporter une analyse sociale qui parfois manque à l’écologie, faire le lien avec l’accroissement des écarts entre riches et pauvres auquel on assiste depuis les années 80, date de rupture ,selon Friedman et Sachs, dans l’évolution du système capitaliste. Aujourd’hui, la précarité concerne ¼ à 1/3 de la population dans les pays riches selon les pays et selon les études, ce phénomène s’observant aussi à l’échelle mondiale. Inutile de rappeler les chiffres chocs : 2 milliards d’individus vivent en deçà du seuil de pauvreté (avec moins de 2 dollars par jour) ; 850 millions souffrent de faim tous les jours.

Parallèlement, on a vu apparaître une classe, au sommet de la société, de personnes extrêmement riches financièrement, qui, en plus, détiennent un pouvoir sur le politique et réussit à s’attribuer dans de nombreux pays des avantages fiscaux importants. On observe ainsi qu’il y a de moins en moins de brassage social dans les pays riches où il existe même des villes fermées pour la catégorie sociale dominante. Cette catégorie, forte de la concentration des ressources financières, s’adonne à une consommation outrancière : possession de bateaux toujours plus grands, d’avions privés, de grosses voitures, de nombreuses propriétés secondaires beaucoup trop grandes, voyages à l’autre bout du monde le temps d’un week-end !

Hervé Kempf remet en lumière les théories d’un économiste de la fin du 19e siècle qui, en son temps, celui des « barons voleurs » aux USA, fut populaire mais que l’on a oublié : Veblen.

Veblen part de l’affirmation que « La tendance à rivaliser avec ces congénères est inhérente à la nature humaine » basé sur le travail d’ethnographes qui alors, avaient observé des sociétés primitives et constaté qu’au point où les besoins étaient satisfaits, ces sociétés continuaient à accumuler des richesses pour perpétuer cette rivalité entre individus.

Ce besoin dans nos sociétés est également stimulé par le jeu des classes. Ce sont les classes dominantes qui donnent le ton car chaque classe prend modèle sur celle qui la domine. Aussi plus il y a d’inégalités, plus il y aura de gaspillage.

Pour prévenir l’aggravation de la crise, il est nécessaire de limiter l’impact collectif sur la biosphère, c’est-à-dire de réduire notre consommation matérielle collective. Si les classes dominantes affichent une consommation irresponsable, elles oeuvrent dans la direction opposée. C’est ainsi qu’avant tout, on demandera aux pays riches de réduire leur consommation pour montrer l’exemple aux pays pauvres et que dans les pays riches, cet effort sera demandé aux plus riches pour donner l’exemple aux plus défavorisés. Et Hervé Kempf d’ajouter que cette baisse de la consommation signifie aussi bien sûr la réaffectation des moyens et de l’activité humaine vers d’autres besoins humains plus essentiels.

Attention ! Malgré le titre provocateur de l’ouvrage, l’auteur ne fustige pas pour autant les riches. La compassion est de rigueur pour une classe qui connaît aussi ses écueils, sa part de malheur (psychologique) et le manque de sens. Il espère que le titre ne rebutera pas ceux d’entre eux prêts à réfléchir.

Mon opinion  : Je dois d’abord préciser que je n’ai pas lu le livre mais écouté attentivement son auteur. Je ne crois pas que je le lirai car ce qu’il a dit m’a semblé censé et clair et je n’estime pas avoir besoin d’en savoir plus. Cet ouvrage me semble intéressant dans le sens où il met en lumière un potentiel levier de changement, mais je formulaerais quelques critiques :

D’abord je ne crois pas au postulat de base : la rivalité inhérente à la nature humaine, parce que je crois en l’évolution de la conscience humaine. Quelques siècles en avant, certains auraient sans doute pu dire que la cruauté était inhérente à l’homme ; aujourd’hui, grâce à l’éducation, nous avons évolué et cette cruauté ne se manifeste plus que chez un nombre limité d’individus. Si aujourd’hui, effectivement, nos rapports sont encore teintés de cette rivalité, je crois fortement que l’homme a les ressources mentales suffisantes (encore inexploitées) pour ne plus la manifester. C’est un exercice de tous les jours que les religions ont parfois essayé, avec un succès limité, de nous enseigner. (cf « si on te donne une gifle, tend l’autre joue »)

En suite, pour moi, le livre donne lieu à de nombreuses questions : Comment active-ton ce levier ? comment convint-on ces riches de modifier leur façon de consommer ? Doit-on espérer que la seule lecture du livre les convaincra ? Pourquoi, alors, avoir choisi un titre qui rebutera la majorité de cette classe ? Qu’est ce qui peut la motiver ? Si les riches changent leurs façons de consommer, et que les classes dominées (qu’il est un peu réducteur de considérer comme des moutons) suivent, cela résout le problème de la surconsommation des ressources mais par rapport au problème central de la déresponsabilisation, quoi ? Quelle étape, après celle-là, dans l’évolution psychologique des classes ?

Quelques critiques bien sûr mais aussi un grand chapeau à une personne qui œuvre tous les jours pour une plus grande conscience des citoyens des questions planétaires. Dans les questions au public, Hervé Kempf répond avec beaucoup d’attention et l’on sent dans ces paroles toute la sincérité de sa démarche. A mon avis, son plus grand cadeau au public présent ce soir là, et à moi par conséquent : son optimisme. Hervé Kempf croit en une évolution de nos sociétés (il ne souhaite pas utiliser le mot de « révolution » beaucoup trop utilisé et détourné par les grands médias et la publicité) vers plus de dignité humaine, plus de liberté, plus d’équité, plus de fraternité, et ainsi qu’il le mentionne dans l’article qui fait introduction à la conférence, en citant Hans Jonas, vers une existence authentiquement humaine.

  • Auteur(s) : Hervé Kempf
  • Editeur : Seuil
  • Nombre de pages : 150 pages
  • Date de parution : 08/01/2009