Tout d’abord,
votre présentation et celle d’EAUTARCIE.
Pourriez-vous vous
présenter brièvement ?
D’origine hongroise,
j’ai été contraint de quitter mon pays lors de la
révolution de 1956 à l’âge de 19 ans. Etabli en
Belgique, c’est là que j’ai fait la plus grande partie de
mes études universitaires pour obtenir à
l’Université de Bruxelles le titre de Docteur en Sciences
Chimiques.
C’est pendant ma
carrière en Afrique (où j’ai été, pendant des
années professeur et Doyen de la Faculté
Polytechnique de Lubumbashi au Congo) que j’ai
commencé à m’intéresser aux problèmes
d’eau.
De retour en Belgique,
j’ai continué mes recherches à l’Université de
Mons-Hainaut, tout en étant membre de la Commission
Gouvernementale des Eaux.
Mon objectif était
toujours de trouver des solutions à des problèmes
concrètes, de préférence en remontant à la source
des problèmes.
Mon curriculum vitae est sur
internet. Pour le lire, il suffit de taper mon nom : Joseph Orszagh sur un moteur de recherche.
Pourriez-vous
nous expliquer l’historique de votre démarche ?
Le point de départ se
situe en 1971, grâce à un évènement fortuit :
une panne de fourniture d’eau à Lubumbashi, panne qui a
duré plus de deux mois. Nous étions donc privé d’eau,
alors que, dans cette région tropicale, des trombes d’eau nous
tombaient dessus tous les jours. L’idée s’imposait
d’elle-même : il fallait récupérer l’eau
de pluie. Ce fut le départ d’une aventure scientifique
passionnante qui a aboutit à la mise au point du système PLUVALOR.
Une peu plus tard, dans les
années ’80, c’est la participation à un programme de
développement rural qui m’a mis sur la piste de la gestion globale
de l’eau. En plus de l’organisation de certaines productions
agricoles, j’ai été chargé de préparer la
construction d’une centrale hydroélectrique sur une petite
rivière située à la province de Katanga. Le projet a
été élaboré dans un bureau à Bruxelles, sur
base des photos aériennes faites dans les années ’50,
pendant l’époque coloniale. Ce qu’on a oublié est
qu’entre-temps le bassin versant de la rivière en question a
complètement été déboisé. De ce fait, le
rapport du débit de la rivière entre la saison des pluies et la
saison sèche est passé de 3 à 15. A cause de cela, la
centrale n’a pu être construite.
J’ai donc
proposé un vaste programme de reboisement pour régulariser le
débit. Cette proposition, peu coûteuse par rapport à
l’investissement prévu pour la centrale, n’a pas
été retenue. Pourtant, l’étude préalable a
révélé qu’après 5 ans, on aurait
déjà obtenu une régulation permettant une production
d’électricité, production en augmentation, grâce
à la croissance des arbres plantés et la régularisation du
débit.
C’était donc le
point de départ d’une réflexion, de documentation et des
expériences qui ont abouti à constater l’interdépendance
large entre la gestion de la biomasse et celle de l’eau. C’est la
partie sans conteste la plus intéressante et la plus importante de mes
travaux scientifiques et aussi la moins connue et de loin, la moins comprise.
Ce n’est qu’une
fois de retour en Belgique que je me suis intéressé aux
problèmes d’épuration des eaux usées urbaines. Au
début des années ’90, à la Commission des Eaux, il
a fallu préparer le programme wallon d’épuration. Devant
l’ampleur des dépenses (on prévoyait un programme de 5
milliards d’euros, exprimés à l’époque en
francs belges), les scientifiques universitaires étaient invités
à faire des propositions pour réduire la
« facture » tout en améliorant le degré de
protection de l’environnement.
Comme beaucoup
d’autres collègues universitaires, j’ai aussi relevé
le défi. Mettant à profit l’expérience acquise en
Afrique, en remontant à la source
des problèmes, j’ai tenté d’y porter
remède à ce niveau. Contrairement à mes collègues,
occupés à mettre au point des techniques de réparation, je me suis orienté vers les solutions de prévention.
Il serait trop long
d’exposer les différentes étapes de cette démarche
scientifique. Quelques années plus tard, j’étais tout
heureux de présenter à la Commission des Eaux, le système EAUTARCIE, dont la mise en place
à grande échelle aurait permis à la région
d’économiser plusieurs milliards d’euros sur le budget
d’épuration, tout en respectant les directives européennes.
Le degré de protection de l’environnement aurait
dépassé les prévisions les plus optimistes : dans la
plupart des petites rivières wallonnes, transformées en
égouts à ciel ouvert, en moins de 2 à 3 ans, on aurait de
nouveau pu pêcher truites et saumons, sans dépenser des sommes
astronomiques dans des travaux lourds d’égouttage et
d’épuration.
J’étais
convaincu que la motivation des décideurs pour la protection de
l’environnement et pour les économies sur les dépenses
publiques était à la hauteur de leurs discours. En somme, ce que
je proposais était l’efficacité maximale pour des
dépenses minimales.
Les faits ont
démontré que c’était une erreur
d’appréciation de ma part. Ce qu’on attendait de moi,
était tout autre. On attendait le n + unième système
miraculeux d’épuration que l’on aurait pu breveter et
commercialiser à prix d’or. Plus le système avait
été compliqué et cher, plus on l’aurait
apprécié. En somme, je me suis trompé d’objectif. Le
but n’était pas la protection des eaux à moindre prix, mais
la protection du marché des entreprises d’épuration.
Le système PLUVALOR, montrant le fait que dans bien
des cas, on peut se passer d’eau de distribution, n’était
pas accueilli avec enthousiasme – c’est le moins qu’on puisse
dire – des intercommunales de distribution. La technique de l’EAUTARCIE fonctionnait bien chez un petit nombre
de familles. Après ces expériences concluantes, j’ai
suggéré d’étendre l’expérimentation
à l’échelle d’un quartier périurbain. Des dizaines de familles
étaient prêtes à tenter l’expérience à leur frais, sans solliciter un seul
euro à la communauté. Leur enthousiasme et motivation se sont
brisés sur une véritable levée de bouclier de la part des
sociétés intercommunales de distribution,
d’épuration, de travaux publics et (hélas) même des
administrations communales et régionales.
Je répète,
cette expérience n’aurait coûté un seul euro ni
à la commune, ni à la région. En cas d’échec
ou mauvais fonctionnement du système, les intéressés
étaient prêts à se raccorder au réseau de d’égouts
et de distribution. Ils ont même signé une déclaration en
ce sens. Même sous cette condition, l’autorisation leur a
été refusée. De toute évidence, pour les
responsables communaux et régionaux, une expérience susceptible
de montrer qu’un quartier périurbain peut se passer d’eau de
distribution, d’égouts et de stations d’épuration, sans la moindre pollution des eaux n’était
pas souhaitable.
Le refus de ces
expériences a été formulé sur base des lois en
vigueur. Avec l’obligation absolue de se raccorder à
l’égout, le système EAUTARCIE
est interdit dans les zones à épuration collective. Pourtant dans
le cas de ce projet expérimental,
les égouts n’y étaient pas encore et une étude
préalable a montré que les frais de pose des égouts
auraient couvert la mise en place de leur système l’assainissement,
mais au lieu d’être financé par la commune et la
région, c’eût été à la charge des
familles intéressées.
Les quelques familles qui
ont passé outre cette interdiction en installant
l’épuration sélective des eaux grises dans leurs jardins
ont eu de nombreuses tracasseries administratives. Devant les résultats
des analyses de leurs eaux épurées, l’administration a fini
par tolérer officieusement
leur système à condition de payer la taxe pour
l’égout. En somme, en vertu du principe du pollueur –
payeur, les plus motivés pour la protection de l’environnement
sont contraints de payer pour la
pollution des autres. Les intéressés utilisent donc le
système EAUTARCIE, sans
autorisation réelle. En délivrant l’autorisation, la
région aurait violé sa propre loi. En la refusant, elle aurait
violé la directive 271/91 de l’U.E. Le
problème juridique trouve en fait son origine, dans la transcription troquée de cette
directive dans le droit wallon. La situation est pratiquement identique en
France.
Quels
sont le concept et l’objectif du site EAUTARCIE ?
Dans une maison
équipée de ce système, l’eau utilisée par le
ménage – y compris pour la boisson – provient d’une
citerne qui récolte les eaux du toit. Après usage, cette eau est épurée
dans un petit système enterré et rendu finalement à la
nature à l’état potable (ou très proche de cette
qualité) en l’infiltrant dans le sol du jardin. En somme, au point
de vue de l’environnement hydrique, une maison en EAUTARCE, n’au aucun impact sur les eaux : ni
prélèvement, ni pollution.
L’objectif du site de
même nom est uniquement informatif, sans la moindre prétention
commerciale. Je passe plusieurs heures par jour devant l’écran de
mon ordinateur pour répondre aux nombreux messages reçus des
lecteurs de ce site. Les nombreuses questions sont utiles pour améliorer
l’information contenue dans ces pages. Grâce à mes conseils,
toujours gratuits, de nombreux candidats bâtisseurs ont pu
réaliser des économies substantielles pour une meilleure
qualité de vie et dans l’intérêt de
l’environnement hydrique.
Ce que je trouve
désolant est le fait qu’aucun
organisme officiel (UE, état, région, province, commune,
municipalité), ni d’association pour la protection de
l’environnement, n’a, jusqu’à présent,
jugé utile de soutenir financièrement ce travail
bénévole dans l’intérêt de tous, fait dans des
conditions précaires. L’aide d’un informaticien serait
d’un grand secours pour améliorer la présentation de ce
site. Même son hébergement est financé par un de mes amis
et moi-même, sans la moindre contrepartie de la part du public. Ma
pension de retraite ne me permettra plus de soutenir longtemps ce centre
d’information gratuite.
Quel est le public
visé par ce site ?
Au
départ, mon objectif était de sensibiliser les décideurs
politiques et les hommes qui rédigent les lois sur la gestion de
l’eau et leur suggérer des idées pour améliorer les
lois sur l’eau dans l’intérêt de tous et aussi celui
de l’environnement. C’est la raison pour laquelle une partie
importante de ce site est consacrée à l’analyse des lois et
à des réflexions sur l’application des grands principes
comme celui du pollueur – payeur et de l’utilisation de la
meilleure technologie disponible.
C’est
volontairement que je formule les idées que je défends à
la manière de choquer le lecteur. Parmi ces idées,
citons trois :
- Toute la législation
européenne sur l’eau est basée sur quelques concepts
complètement erronés.
- L’humanité peut
sortir de ses problèmes d’eau en moins de deux
générations, à condition de mettre en place les
techniques, déjà existantes, de prévention des
problèmes à la source.
- En moins de deux ans, on pourrait
assurer l’approvisionnement en eau potable de très haute
qualité à chaque habitant de cette planète, pour
moins de un cinquantième de la somme de 900 ou 1100 milliards de
dollar prévus par les experts.
Quand
un scientifique affirme des choses pareilles, raisonnablement on devrait
s’attendre à des objections, à de nombreuses questions,
à une discussion ouverte pour dégager la meilleure solution
possible.
Le
résultat est décevant. Je pourrais compter sur les doigts
d’une de mes mains les lettres que j’ai reçues de la part de
quelques particuliers, touchant ces problèmes. Pas un seul homme politique, scientifique, un décideur
économique, ni même un fonctionnaire n’a trouvé utile
de me contacter. De mon côté, j’ai transmis des dossiers
traitant le sujet à de nombreux politiciens de tout bord. Dans le
meilleur des cas, j’ai eu un accusé de réception, mais
jamais la moindre réaction.
Le
site EAUTARCIE est pourtant
visité par de nombreuses personnes qui me posent des questions. L’écrasante
majorité de ces questions se rapportent à des solutions
techniques à mettre en œuvre lors de la construction d’une
habitation. Je suis désolé de le dire, mais dans les faits, ce
sont des pacotilles devant les problèmes vastes de la gestion durable de
l’eau dans le monde, relevant de la compétence des
décideurs politiques.
Le
plus désolant pour moi est de constater que les plus motivés pour la protection de l’environnement sont
pénalisés par les lois en vigueur, comme si l’objectif
était de récompenser les pollueurs et d’encourager
l’insouciance environnementale.
J’ai
donc échoué dans ma tentative d’atteindre le publique
visé : le monde des décideurs.
Mon
site aurait bien plus de succès, en limitant mes propos à des
conseils de nature technique pour la réalisation des systèmes de
gestion individuelle de l’eau.
Cependant,
je suis heureux de constater l’intérêt croissant des
étudiants en architecture et en génie sanitaire. Il est amusant
de relever le fait que bien souvent, les étudiants comprennent vite mes
propos, mais c’est loin d’être le cas de leurs professeurs.
Après
cette introduction sur Eautarcie, passons aux gestes
écologiques.
Selon
vous, quels sont les gestes prioritaires pour la planète?
C’est
un vaste programme. Comme je disais plus haut, nous avons la possibilité
de sortir l’humanité de ses problèmes d’eau, en
relativement peu de temps. Pour cela, il faudrait évidemment une
volonté politique. A présent, partout dans le monde, la politique
de l’eau va dans le sens opposé. Votre question est bien
formulée, car vous ne parlez pas de
« décisions » mais de
« gestes ». Les décisions politiques dans le sens
de développement durable ne viendront pas. Quand, sous la pression des
faits, des catastrophes, elles finiront par venir, il est à craindre
qu’il soit trop tard.
Par
la force des choses, le public motivé pour l’environnement doit
mettre de côté les décideurs politiques et,
jusqu’à un certain point, ignorer les lois, pour mettre en place
des techniques de prévention de la
pollution. En somme, pour faire bouger les choses, il faut pratiquer l’incivisme écologique.
Le
public motivé peut faire beaucoup pour sauver la planète, mais
son action sera limitée par les tracasseries administratives et se
heurtera à l’indifférence et même à
l’hostilité de la masse marchant dans le sens de la
« pensée unique ».
Malgré
tout, l’exemple vécu est plus éloquent et plus persuasif que
les plus beaux discours sur l’environnement. Que vous soyez en zone
à épuration collective ou individuelle, même contre
l’avis des fonctionnaires, vous pouvez appliquer chez vous les principes
de l’EAUTARCIE.
La seule contrainte technique est de devoir disposer d’un jardin
d’au moins 100
m². Il n’y a pas de loi, du moins pas
jusqu’à présent mais certains fonctionnaires y pensent
déjà, qui interdit l’usage d’une toilette
sèche et la récupération de l’eau de pluie à
des fins alimentaires. Dès que vous ne produisez plus d’eau
fécales, l’épuration des eaux savonneuses devient
très simple – élémentaire même – et
surtout très bon marché. Il est vrai qu’il faudra
s’attendre à des tracasseries administratives. Les fonctionnaires
n’aiment vraiment pas les personnes qui font autrement que ce qui se
trouve dans les règlements. Votre meilleure protection sera le
résultat obtenu : une eau épurée de qualité
potable. Après analyse de cette eau, le fonctionnaire sera bien mal
placé pour ordonner la déconnexion de votre système pour
rejeter vos eaux dans l’égout, alors que la station
d’épuration publique rejettera une eau de bien moindre
qualité. Il pourra, par contre, vous imposer le payement de la taxe sur
les égouts.
En
France, attention à la récupération de l’eau de
pluie ! En appliquant à la lettre les lois et les règlements
en vigueur, nul n’est autorisé à utiliser un système
comme PLUVALOR.
En
effet, il y a d’abord l’obligation (absurde) de se raccorder au
réseau de distribution. Ce n’est, heureusement, pas le cas en
Belgique. En France, même si vous ne consommez pas un seul litre
d’eau de ville, vous devrez payer pour le compteur. Etant donné le
fait que vous n’avez pas le droit de résilier le contrat avec la
société distributrice, il s’agit d’une taxe
illégale déguisée en « redevance ».
En
zone non desservie par le réseau de distribution, vous pouvez utiliser
l’eau de pluie, mais le fonctionnaire du DDASS a le droit de
vérifier la « conformité » de l’eau
qui se trouve dans votre verre chez vous. Vive la protection de la vie
privée ! Il est vrai, que sans être inquiété,
vous pouvez, par contre, détenir de petites quantités de drogues
pour votre usage personnel. C’est moins grave que de boire de l’eau
de pluie non labellisée par la société distributrice.
Boire
l’eau de pluie, utiliser une toilette sèche, épurer ses
eaux savonneuses, sont autant de gestes qui contribuent à sauver la
planète.
Ces gestes apparaissent
contraignants et peu mobilisateurs auprès du grand public, pourriez-vous
conseiller des gestes plus « simples » pour les
débutants en environnement ?
Pour
commencer, je les invite à rendre visite à une famille qui
utilise l’EAUTARCIE. Rien n’est plus probant que de voir et essayer le système.
Goûter l’eau de pluie rendue potable est une expérience
intéressante. De même, celui ou celle qui n’a jamais
lavé ses cheveux, qui n’a jamais pris son bain dans de l’eau
de pluie naturellement douce, ne connaît pas encore le vrai confort hydrique.
Avant
de porter un jugement de valeur sur la toilette à litière
biomaîtrisée, mieux connue sous le nom de TLB, il faut l’essayer. Interrogez les
utilisateurs sur la gestion de la toilette. Allez voir comment se fait le
compostage. En attendant la décision – probablement lointaine et
presque improbable – des municipalités pour le ramassage conjoint
des ordures ménagères fermentescibles, les déchets verts
avec les effluents des toilettes sèches, il faut apprendre à
composter dans son jardin. Si la municipalité refuse la gestion durable
de la biomasse, il nous appartient de le faire chez nous. C’est aussi une
décision efficace et peu contraignante pour sauver la planète.
Afin
d’épargner le rejet de milliards de flacons en plastique ayant
contenu de l’eau minérale, même si l’on n’a pas
de citerne à eau de pluie, pour avoir de l’eau potable de
haute qualité, il vaut mieux acheter un système à osmose
inverse. Eu égard à la qualité de l’eau et la
réduction de la pollution, c’est un investissement très
rentable même pour votre porte-monnaie.
Mangez
bio, mangez saison, achetez les produits de la ferme de
préférence chez le producteur : autant de gestes très
efficaces, récompensés par une meilleure santé. Limiter sa
consommation de viande au profit de légumes et de fruits produits dans la région, y
contribuent aussi.
Portez
des vêtements faits en matériaux naturels et de
préférence fabriqués dans votre pays. Par vos achats,
encouragez le développement d’un réseau de magasins
d’alimentation dans les quartiers, près de chez vous. Formez des
coopératives d’achats groupés dans les fermes des environs.
Pour les produits importés donnez la préférence à
ceux qui portent un label de production équitable.
Choisissez
votre médecin sur des critères d’efficacité :
maximum de santé et de bien-être pour le minimum de
dépenses en médicaments et traitements. Sur le bon choix,
l’information est disponible, mais il faut la chercher.
La
propreté excessive vire bien souvent à la propreté
névrotique et pèse toujours lourd sur l’environnement.
L’eau qui a lavé nos saletés, devient sale à son
tour. A titre d’exemple, une chemise portée un jour ne doit pas
nécessairement être lavée. Pendue à l’extérieur
pour aérer, elle peut encore servir un jour supplémentaire.
Résultat : 50 % de réduction de la pollution par la lessive.
Eviter
dans le ménage, autant que faire se peut, l’usage de produits
désinfectants. La santé de l’environnement s’en
portera mieux mais aussi la vôtre. L’efficacité d’une
ménagère se mesure par la réduction de la quantité
et de la variété de produits d’entretien utilisés.
Je
pourrais encore énumérer longtemps des petites mesures à
prendre. Sachez que des petits gestes quotidiens répétés
par des millions de personnes ont un impact environnemental énorme.
Les
principales remarques des hésitants sur les toilettes sèches sont
le fait que ce n’est pas hygiénique et que les amis venant
à la maison ne pourront pas comprendre. Que pouvez-vous leur
répondre ?
Il
y a des grandes différences entre toilettes sèches. Certaines ont
un impact environnemental à peine inférieur à celui
d’un W-C à chasse, tandis que d’autres protègent
efficacement l’environnement, tout en assurant un confort comparable
à celui d’un W-C classique. D’une manière
générale, plus une toilette sèche ressemble à un
W-C à chasse, plus elle coûte cher, plus il est probable
qu’elle protègera très peu l’environnement. Il ne
faut évidemment pas aller dans l’autre extrême non plus. Les
latrines de nos grands-parents étaient aussi très polluantes. Ce
sujet est bien traité sur le site EAUTARCIE.
Quant
au problème d’hygiène des TLB, il a fait l’objet de
nombreuses discussions, même à la Commission Gouvernementale
des Eaux où certains fonctionnaires souhaitaient voir son interdiction.
On a souvent parlé, sans apporter la preuve scientifique, du danger
sanitaire que représente « la manipulation du fumier
humain » au jardin. A ceux qui défendaient ce point de vue,
j’ai recommandé de faire une étude
épidémiologique sur le sujet. C’est ce qui a
été faite en 2000 par une équipe de l’Ecole de
Santé Publique de l’Université de Louvain.
L’étude
consistait à comparer l’état sanitaire – lié
au système digestif – de deux échantillons de population en
tout points semblables : l’un utilisant la TLB, l’autre le W-C
à chasse. On comparait surtout les dépenses en soins de
santé par les sociétés mutuelles d’assurance-maladie
pour les maladies liées au système digestif. Le résultat a
surprit les médecins : les familles qui utilisaient la TLB étaient en
meilleure santé que la population témoin. Logiquement, en suivant
une rigueur scientifique, il aurait fallu en conclure que le fait
d’utiliser un W-C à chasse comporte un certain risque par rapport
à l’usage d’une toilette sèche. Les
éclaboussures de l’anus, y ont peut-être pour quelque chose.
En
fait, il n’y a pas de relation de cause à effet directe, entre l’état de
santé et la toilette utilisée. Ce que les médecins qui on
fait cette étude, ne savaient pas, est que l’usage d’une TLB
est l’aboutissement d’un chemin de prise en charge de
l’environnement qui induit systématiquement une prise en charge de
sa santé. Les familles avec TLB, mangeaient souvent bio,
végétarien, et se soignaient avec les médecines douces.
Leur meilleure santé était imputable, non pas à la TLB, mais à la
démarche qui a accompagnée son usage.
On
arrive à la TLB
par une remise en question fondamentale de la vision de la santé. On
cesse d’avoir peur des bactéries et des virus qui ne font mal
qu’aux personnes affaiblies par les médicaments chimiques, par la
consommation des produits de la grande industrie alimentaire et par une
hygiène de vie incorrecte. Dès qu’on a fait cette
démarche, l’usage d’une telle toilette ne pose aucun problème.
Les
personnes qui hésitent à « imposer » leur
TLB à leurs amis et visiteurs, ne sont pas encore suffisamment bien
avancées sur ce chemin. Intérieurement, elles ont un peu honte de
« faire autrement que tout le monde ». Pourtant si
quelqu’un doit avoir honte, c’est bien celui ou celle qui
s’entête à détruire la terre avec un W-C à
chasse, alors qu’il ou elle a la possibilité matérielle
(habitant dans une maison avec jardin) d’utiliser une bonne TLB.
C’est
l’usager qui, sans doute inconsciemment, induit ou non le refus de la TLB chez son visiteur. Quand
on est réellement convaincu du bien-fondé de sa décision,
le visiteur « sent », qu’en ces lieux tout
naturellement, on utilise la TLB
et non pas le W-C. Ce choix est également respectable.
L’expérience
d’un grand nombre de familles montre que le degré de refus
d’une toilette sèche est inversement proportionnel au degré
d’instruction, et du savoir-vivre de l’individu. La TLB est utilisée, sans
problèmes, même dans des familles d’aristocrates.
Les
principales remarques des hésitants sur la récupération
d’eau de pluie est que c’est extrêmement coûteux et que
l’eau n’est pas de bonne qualité. Que pouvez-vous leur
répondre ?
Nous
tournons toujours autour de cette vision de la santé. La plus grande
qualité du système EAUTARCIE
est qu’il constitue une porte de sortie du système du « tout
à la poubelle », du « tout à
l’égout », du « prêt à jeter »
et de l’irresponsabilité institutionnalisée. C’est
une bonne école de gestion responsable et surtout de autonomie de la pensée.
L’information
véhiculée par le système dominant infantilise
l’individu et le transforme en « patient », en
« consommateur ». La première prise de conscience
consiste à réaliser que l’idéologie de
l’hygiénisme ne s’alimente pas de la science, mais de la
volonté de domination par le « fric ». La
pensée unique fera donc tout, pour faire peur au public par rapport
à un soi-disant « danger » d’utiliser
l’eau de pluie. On va agiter le spectre des bactéries et des
maladies. On affirmera aussi, que point de salut sans contrôles constants
avec des analyses de laboratoire.
Parlons
un peu de risque. On connaît actuellement des poisons extrêmement
violents qui n’ont une action mortelle que plusieurs jours après
leur absorption. Heureusement, jusqu’à présent, aucun
groupe de terroristes n’a eu l’idée d’en mettre dans
le château d’eau d’une ville. Plus un système est
centralisé, plus il est complexe, plus il devient vulnérable. Les
systèmes décentralisés, comme la valorisation domestique
de l’eau de pluie, sont plus surs. Imaginons une ville, où
l’eau potable de tous est assurée par la filtration d’eau de
pluie stockée dans des petites citernes domestiques (en fait pour la
production de l’eau potable uniquement, il ne faut qu’une petite
citerne qu’on peut mettre pour chaque famille dans les caves d’un
grand immeuble urbain). Dans une telle ville, les terroristes auraient fort
à faire pour empoisonner toute une population.
Dans
le cas d’un accident nucléaire de Tchernobyl-sur-Meuse,
ou Tchernobyl-sur-Seine, l’eau de distribution
sera très vite radioactive. Ceux qui s’alimentent en eau au
départ de leur citerne, feront tout simplement dévier les eaux du
toit et disposeront d’un stock d’eau non contaminée, de quoi
tenir quelques semaines sans problèmes.
Je
ne veux pas faire peur au public, mais le risque zéro n’existe
pas. C’est aussi valable pour l’usage de l’eau de pluie. Le
risque n’est pas plus grand qu’avec l’eau de ville, mais
plutôt moindre.
J’ai
vu une installation où par erreur, sans que les usagers le
réalisent, on a raccordé le W-C à la citerne à eau
de pluie. Pendant plus de 3 mois, ils consommaient, buvaient même cette eau. Le système n’a
été corrigé qu’au moment où l’odeur de
l’eau au niveau des douches est devenue intolérable. Heureusement,
en dépit de la présence d’enfants en bas âge, il
n’y a pas eu de problème de santé. Il est vrai, que le
système de microfiltration qui produisait les quelques litres
d’eau potable par jour pour le ménage, fournissait une eau
absolument inodore, de bon goût et exempte de bactéries
pathogènes.
Lorsqu’on
utilise le système PLUVALOR,
la partie de l’eau destinée à la boisson est filtrée
avec une technologie avancée que les sociétés
distributrices n’utilisent pas encore. Au moment où elles seront
contraintes de l’utiliser, l’eau coûtera très cher. De
ce fait, l’eau potable obtenue à partir de l’eau de pluie,
est d’une qualité équivalente à celle des meilleures
eaux minérales du commerce, pour un prix de 1 à 2 centimes le
litre.
C’est
vrai, l’investissement dans les citernes est relativement
élevé. Lors de la construction d’une maison, cette
dépense est toute relative par rapport au budget global :
c’est le prix d’une pièce en cave. Ce qu’il faudrait
mettre au clair, est la cause de la disparité des prix des citernes
pratiqués dans le commerce. Pourquoi une citerne
préfabriquée en béton coûte la moitié et
même mois en Belgique qu’en France ?
Quelques
questions sur le réchauffement climatique.
On
parle beaucoup du réchauffement climatique, quel est l’impact de la
consommation d’eau sur ce phénomène ?
Bien
plus grand qu’on ne le croit ! La majorité de l’eau
douce consommée dans le monde sert à la production agricole. Nous
sommes actuellement au bout de nos ressources. Il ne sera donc pas possible de
continuer à produire n’importe quoi, n’importe où,
n’importe quand, pour autant que cela rapport de l’argent.
Ici
aussi, on agit volontiers le spectre de la famine mondiale devant ceux qui
osent remettre en question le schéma de production agricole avec des
méthodes industrielles.
La
terre a encore la possibilité
de nourrir sa population, et même bien la nourrir, mais il faudrait
s’y prendre autrement pour la production, la commercialisation et aussi pour
la consommation. L’agriculture industrielle a un poids environnemental
énorme. C’est le cas vraiment typique d’une activité insoutenable.
En continuant sur notre lancée, dans les prochaines décennies, nous
détruirons les meilleures terres agricoles de la planète pour les
transformer en désert. Un désert n’absorbe pas du CO2.
Or, on sous-estime la capacité d’absorption de CO2 de
la végétation, surtout celle des surfaces boisées. Les
cultures irriguées absorbent beaucoup d’eau, polluent les nappes
et détruisent les terres par salinisation. Mis à part des
rizières, l’irrigation est rarement nécessaire dans une
agriculture adaptée au terroir.
A
cela s’ajoute la promotion, très à la mode actuellement,
des « énergies vertes ». C’est une grave erreur
de penser que la combustion (même différée et sous forme de
biogaz, de biodiesel, ou de bioéthanol) de la biomasse n’a pas
d’impact sur le réchauffement planétaire et sur les grands
cycles comme celui du carbone, de l’azote du phosphore et du potassium.
Ce sujet mériterait évidemment plus de développement. La
biomasse pourrait couvrir évidemment une partie importante de nos
besoins énergétiques, mais ici aussi, il faudrait s’y
prendre tout à fait autrement. Tout ce que je puis dire, est que
brûler des déchets de bois dans les chaudières, produire du
biométhane et des biocarburants est une
atteinte grave à la biosphère, qui se payera très
chère en réchauffement climatique.
Est-ce
que la problématique du réchauffement climatique est-elle plus
importante que celle de la gestion de l’eau ?
Les
deux sont importantes et largement interdépendantes. La mise en place
d’un programme mondial de biomasse résorberait nos
problèmes d’eau en moins de deux générations (± 50 ans), avec des dépenses qui
ne dépasseraient pas le dixième de celles de l’armement.
Par la même occasion, la capacité d’absorption de CO2
des continents pourrait facilement atteindre, voire dépasser celle
d’il y a un siècle. Grâce à l’augmentation
considérable de la biomasse produite, celle-ci couvrirait facilement
tous nos besoins en chaleur de basse température (chauffage des
bâtiments, des serres, production d’eau chaude, etc.), sans aucune perte d’humus potentiel,
et produire 10 à 20 fois moins de gaz à effet de serre (CO2)
que la combustion de la biomasse.
Ces
techniques sont connues et bien au point, mais les spécialistes ne
veulent pas en entendre parler. Le projet que j’ai présenté
en 2001 à la Communauté Européenne en
collaboration avec une école d’agriculture, dont le sujet
était, entre autres, la valorisation énergétique de la
biomasse, avec production réduite de CO2, n’a pas
été retenu. Parallèlement, on finance à coup de
millions des projets de destruction de la
biomasse. En dépit de leur couleur « verte »,
ces techniques préparent des grandes catastrophes climatiques.
Par
la suite, je me permets d’esquisser en grandes lignes un monde avec un
développement soutenable, créé grâce à un
vaste programme mondial de biomasse avec la régénération
des écosystèmes dégradés. Ce monde est à
notre portée, dès à présent, à condition de prendre des décisions politiques
correctes. Ce monde coûtera bien moins cher en termes
monétaires que notre monde insoutenable.
Le
projet mondial de biomasse, ne résoudrait pas seul le problème de
réchauffement planétaire, mais nous épargnerait
très probablement de l’accident climatique majeur dû
à l’emballement de la montée de température. En
réduisant le rejet de CO2 au niveau d’il y a 30 ans, et
en augmentant la production de la biomasse, on aurait une chance
d’arrêter la montée de la température et créer
un nouvel équilibre. Avec un tel niveau de consommation de
pétrole, il nous restera du temps pour mettre en place un monde durable,
avec des techniques soutenables.
Au
niveau de l’individu, il y aura évidemment quelques changements.
Dans 50 ans, après l’aboutissement du programme de la biomasse,
les 7 à 8 milliards d’humains mangeront à leur faim, mais
avec un régime à prédominance végétarienne.
La santé publique en sera aussi meilleure. La nouvelle agriculture
résorbera le chômage, mais l’alimentation absorbera environ
30% des revenus des ménages.
L’aviation
ne servira que d’une manière ponctuelle et exceptionnelle. On aura
oublié ses applications militaires. Les voyages et les transports
intercontinentaux seront assurés par bateaux mixtes (voiliers munis de
moteurs, en partie solaires). Avec les techniques et les nouveaux
matériaux actuels, on peut dès
à présent, construire des voiliers énormes avec une
voilure à commande automatique,
régulé par informatique, par le régime des vents et le
programme du trajet. Grâce aux prévisions météo par
satellites, la sécurité en sera accrue.
La
mobilité urbaine sera résolue par l’usage
généralisé du vélo, des rollers et des planches
à roulettes. Les transports en commun seront mieux
développés et seront entièrement gratuits. On se rendra
à son travail en roller sur de larges pistes couvertes d’une
verrière. Le système de roulement sera escamotable par un geste
et les rollers deviendront une simple paire de chaussures. Il y aura un
réseau serré de pistes cyclables de qualité à
travers les continents fortement peuplés. Les voitures
particulières appartiendront à un passé
déraisonnable. La part du budget des ménages qui sert
actuellement à la voiture, servira à financer les transports
publics gratuits.
La
disparition de l’aviation et de l’industrie automobile, contribuera
d’une manière prédominante à la réduction du
réchauffement planétaire. Ce sera le prix à payer pour un
monde vivable.
Afin
de réduire les déplacements, les villes cesseront de
s’étendre et on aura largement recours au télétravail
à domicile et aux communications par internet. Sur les continents, les gros transports
se feront par voie fluviale. Le
réseau routier actuel servira au transport des marchandises entre villes
voisines, par la force motrice animale, avec du matériel roulant de
haute technicité. Ce matériel ultra léger, avec un
roulement et suspension parfaits, sera complété par le
« ferrage » des sabots avec des matériaux souples
à base de fibre de carbone, assurant à l’animal un confort
et à la traction, une efficacité surprenante. Le cheptel pour la
traction sera nécessaire à la fertilisation des terres agricoles
et contribuera aussi à la production de viande. De toute manière,
le flux de marchandises sera réduit et deviendra local, car chaque
terroir sera autosuffisant au point de vue alimentaire. Afin de réduire
encore d’avantage les dépenses énergétiques pour les
transports, il y aura une décentralisation de nombreuses productions
industrielles.
Les
vacances seront très actives : des longues randonnées
à pied, à vélo, à cheval ou en charrette à
cheval. Ces charrettes, ultra légères et confortables,
bénéficieront de tous les perfectionnements techniques acquis par
l’industrie automobile. On passera aussi ses vacances en kayak, en
canoës ou en bateau sur les rivières. Les plus riches iront en
croisière avec des voiliers de mer. Un autre type de vacances,
très prisées, auront lieu à la ferme, sous forme
d’aide ludique aux travaux des champs et auprès des animaux. La
haute valeur que l’alimentation va acquérir motivera le passage
à la ferme pour se permettre enfin des extras alimentaires.
Chaque
habitation sera bioclimatique avec un chauffage solaire passif. En plus du
solaire, le chauffage des bâtiments sera assuré par échange
calorifique avec un système de compostage décentralisé et
généralisé. La quantité énorme de compost
produit servira à maintenir le niveau élevée de la
production de la biomasse et celle de la production agricole, sans engrais de
synthèse (d’où encore une réduction de la pollution
et d’émissions des gaz à effet de serre).
Après
la mise en place de l’agriculture durable, il faudra attendre encore un
siècle pour résorber la pollution des nappes phréatiques.
En attendant, dans les villes, on distribuera de l’eau de qualité inoffensive, mais non potable.
L’eau alimentaire sera produite dans chaque ménage à partir
de l’eau de pluie, par microfiltration.
Dans
les nouveaux quartiers urbains, il y aura une toilette à litière
dans chaque appartement. Cette toilette ressemblera à celles des trains
et des avions, avec un plateau basculant sur lequel, avant chaque usage, on
placera la litière, sous forme d’un coussin circulaire fait en
papier de toilette, contenant de la cellulose provenant des déchets de
papiers. Après usage, on tire la chasse. Le plateau bascule et la
litière avec les selles tombe à travers un large tube vertical
(sous pression réduite) dans un conteneur standardisé
placé en sous-sol, garni de broyat d’élagage des espaces
verts ou d’autres matériaux végétaux. La cuvette est
rincée avec 1 ou 2 décilitres d’eau sous haute
pression. L’évacuation des déchets de cuisine aboutira
aussi dans le même conteneur. Ce conteneur sera périodiquement
enlevé par les services communaux (municipaux) et remplacé par un
nouveau. Les déchets organiques ainsi récupérés
seront acheminés vers un centre de compostage qui absorbera aussi les
déchets de l’industrie locale agro-alimentaire et une partie des
déchets forestiers.
La
solution alternative consiste à utiliser des toilettes avec chasse
à haute pression, délivrant très peu d’eau et munies
de broyeurs. Les effluents liquéfiés et concentrés seront
collectés dans un réseau de tubes sous pression et conduits vers
un centre de compostage. Ils serviront à imprégner un broyat de
végétaux, avant leur compostage conjoint avec la partie
fermentescible des ordures ménagères, collectées
d’une manière sélective.
Les
eaux grises (savonneuses) produites par les habitants de ces buildings seront
collectées dans des cuves en béton enterrées, d’une
capacité d’environ 500 litres par personne. Le trop-plein
transitera par une tranchée végétale filtrante –
très décorative et fleurie en été –
d’une superficie de moins d’un demi mètre carré par
personne, pour être déversé dans un étang
décoratif d’environ 1 mètre carré par personne.
L’eau de cet étang sera limpide et de qualité potable. On y
installera des plantes aquatiques pour la décoration et même des
fontaines actionnées et éclairées par électricité
photovoltaïque. Un building avec 250 habitants aura donc, pour
épurer ses eaux, un étang décoratif de 16 x 16 mètres.
Les égouts (non étanches) ne serviront que pour
l’évacuation des eaux de la voirie.
Près
de ces nouvelles villes, les rivières seront complètement
épargnées de la pollution urbaine. En l’absence
d’industries polluantes, les rivières auront rapidement la
pureté des ruisseaux des hautes montagnes. On y pêchera les
meilleurs poissons.
L’agriculture
durable se fera sur des surfaces agricoles réduites, mais à
très haut rendement. Les techniques agricoles seront adaptées aux
possibilités et aux particularités de chaque terroir. Sur les
grandes pleines, les parcelles de quelques hectares enclavées dans des
forêts jardinées (1
ha de terre agricole pour 5 ha de bois) seront
fertilisées avec le compost de broussaille (suivant la technique de Jean
Pain) provenant de la forêt, après valorisation
énergétique pour le chauffage des maisons et des serres. Ce type
d’agriculture se passe d’irrigation même dans les
régions les plus sèches. Afin de dégager plus
d’espace aux céréales, et aux plantes fourragères, la
production fruitière se fera, sans irrigation, sur les coteaux
brûlés par le soleil (zones actuellement incultes et
improductives), avec la technique de Paul Moray. Ces mêmes techniques
seront largement utilisées de par le monde pour transformer les
déserts en contrés verdoyants. Il en résultera un
changement climatique qui résorbera l’excès actuel du gaz
à effet de serre.
Les
forêts seront omniprésentes, avec une production de compost de
broussaille, mais aussi du gibier, du miel, des fruits et des plantes
médicinales. Les zones forestières les plus sensibles seront
réservées à la faune et à la flore sauvages
à préservation de la biodiversité.
Les
inondations deviendront plus rares et moins graves ; les périodes
des grandes sécheresses aussi. Dans les vallées des
rivières, on aménagera cependant des espaces boisés
inondables, avec des plans d’eau réservés aux oiseaux
migrateurs.
La
production de bois des grandes étendues forestières servira
à l’industrie. Le bois remplacera, dans de nombreuses
applications, les matériaux plastiques, surtout dans les constructions. Une
petite partie des déchets de l’industrie du bois pourrait, sans
doute, être prélevée pour la valorisation
énergétique par combustion. Notamment pour les applications
à haute température. Jamais pour le chauffage. Le biogaz pourrait
également être produit, d’une manière parcimonieuse,
uniquement pour faire tourner certaines machines agricoles.
L’agriculture
décrite ci-dessus ne demande pas de machines puissantes. Il n’y a
même pas de labour. La terre sous une couche de 8 cm de compost de
broussaille, reste meuble et extrêmement fertile.
L’essentiel
de l’électricité sera produite par les éoliennes,
dont certaines seront seulement des éoliennes de pompage pour stocker
l’eau dans un bassin de rétention qui actionnera des turbines
lorsqu’il n’y a pas de vent. Dans les pays ensoleillés, il y
aura des centrales photovoltaïques pour produire de l’énergie
électrique et même de l’hydrogène qui sera
stockée sous forme dissous ou adsorbé dans un matériau
poreux. Cet hydrogène servira pour les applications particulières,
notamment dans l’industrie chimique.
Vous
avez dit « utopie » ? L’utopie, c’est la
réalité de demain. A part le stockage de
l’hydrogène, toutes les
techniques citées plus haut, sont dès à présent
disponibles et bien au point. Le seul aspect utopique de cette description
est de croire dans des décisions politiques allant dans le sens du
développement durable.
Pourquoi
la gestion de l’eau semble être un thème moins populaire que
le réchauffement climatique ?
Le
fait qu’un thème soit populaire ou non ne dépend que des
médias. Or, ceux-ci sont dans les mains du monde financier. C’est
dans un cercle extrêmement fermé et restreint que les
décisions, engageant l’avenir de l’humanité, sont réellement prises.
Les
changements climatiques sont actuellement présentés comme une
sorte de fatalité, sur lesquelles l’humanité n’a
aucune prise. Avec la gabegie énergétique actuelle on a
effectivement de bonnes raisons d’admettre cette sentence et attendre la
catastrophe du bouleversement climatique. On peut, dès à
présent, affirmer que ce bouleversement sera brusque, rapide et prendra
l’allure d’une apocalypse. Ce que même Al Gore ne dit pas
dans son film, est qu’une variation de température de quelques
degrés, entraînera des tensions énormes dans
l’écorce terrestre dont les conséquences seront
incalculables : éruptions volcaniques, tremblements de terre,
tsunamis gigantesques.
Dans
le cercle des maîtres financiers de ce monde, on semble ignorer le danger
ou bien on a d’autres idées ?
Tout
le monde est impuissant devant l’ampleur de la catastrophe qui se
prépare et qu’on annonce. Entre-temps le pétrole se vend
bien, l’industrie et l’économie mondiales tournent. On peut
donc impunément médiatiser les changements climatiques, car grâce
à des décisions politiques téléguidées, on a
fait en sorte que tout le monde soit intéressé par la
continuation de la gabegie. La fermeture d’une usine d’automobile
mobilisera des masses pour protester, mais personne ne protestera contre la
mise en service d’un haut fourneau pour produire l’acier pour la
fabrication de l’automobile. Pourtant toute cette industrie contribue
d’une manière substantielle, décisive même, au
réchauffement. On connaît les impacts de l’aviation civile
et militaire sur les changements climatiques, mais tout le monde est contant d’avoir
des billets à prix ridiculement bas. On peut mobiliser des foules pour
protester contre l’énergie nucléaire, pouvant retarder un tant
soit peu la catastrophe climatique, mais tout le monde consomme largement des
légumes et des fruits provenant de l’autre côté de la
planète et transportés par avion. Personne, mais vraiment
personne ne bougera pour protester contre le gâchis
énergétique de la voiture particulière, de
l’aviation militaire et civile.
La
situation est quelque peu différente avec l’eau. En dépit
du fait que le public désinformé réclame les techniques
insoutenables, comme l’épuration collective, dans ce domaine,
l’individu bien informé a une possibilité d’action.
Action qui, par comparaison et par l’exemple, est susceptible de mettre
à nu la gestion de l’eau basée sur le profit. Le refus de
l’autorisation pour la mise en place d’un quartier en EAUTARCIE illustre bien cette
affirmation.
La
décision d’un ménage pour le passage au système EAUTARCIE, n’aura
évidemment pas un grand impact, mais une décision semblable prise
par quelques centaines de ménages aurait des conséquences
incalculables.
On
découvrirait une série de choses gênantes :
- Que l’on
peut parfaitement se passer de la fourniture d’eau potable,
actuellement dans les mains de quelques sociétés
commerciales.
- Que les
budgets colossaux alloués par les états à la
politique de l’eau n’a plus de raison d’être.
- Que
l’eau peut ne pas être une marchandise monnayable et un
domaine pour les investissements financiers très rentables.
- Qu’on
peut, dès lors, ne plus céder au chantage à
l’eau potable, puisque tout le monde peut en avoir à
satiété au départ de sa citerne à eau de
pluie.
- Que,
grâce à l’utilisation généralisée
de l’eau de pluie naturellement douce, on peut consommer moins de
détergents, donc polluer et dépenser moins.
- Qu’on
peut se passer d’égouts et de stations
d’épuration, sans polluer l’environnement.
- Que la
taxe prélevée sur l’eau et pour les égouts,
dès lors ne sert plus à rien.
- Que les
rivières deviennent propres, sans dépenser un seul euro pour
l’épuration.
- Que la
santé publique (par la diminution, notamment des affections
allergiques et des maladies virales) s’améliore par
l’abandon progressif de l’usage de l’eau
désinfectée au chlore. Dès lors, on consomme moins de
médicaments.
- Que la
gestion responsable de l’eau des précipitations constitue une
école vers l’autonomie de la pensée. Le citoyen
devient moins manipulable.
Il
n’est donc pas exagéré de dire, que le système EAUTARCIE est subversif. En mettant tous
les obstacles légaux et réglementaires devant son extension, le monde
politique ne se trompe pas. Il reste logique avec lui-même.
Lorsqu’on est bien imprégné de la philosophie qui sous tend
ce système, on acquiert une vision plus critique sur la politique
environnementale actuelle. Les beaux discours sur le
développement durable et sur la protection de l’environnement
feront, sans doute, moins de recettes.
Abordons
enfin la gestion de l’eau.
Pourquoi
les prix de l’eau sont-ils si différents d’une région
à une autre ?
Le
calcul du prix de l’eau est très complexe. La raison principale de
cette complexité réside dans l’ambiguïté du
statut des sociétés distributrices. Il s’agit de
sociétés d’intérêt public, avec financement
partiel du secteur privé. Elles doivent concilier
l’intérêt public avec l’impératif de la rentabilité.
Je pense personnellement, sans en avoir les preuves, qu’il s’agit
en fait, d’une sorte de « pompe à fric »,
pour prélever des fonds des deniers publics et du consommateur vers les
actionnaires privés. S’il n’en était pas ainsi, je ne
comprendrais pas l’empressement avec laquelle les sociétés
publiques d’eau ont été rachetées, par quelques
grandes sociétés multinationales. Je doute fort qu’il y ait
de la philanthropie derrière ces actions.
L’uniformisation
du prix de l’eau est une revendication de nature politique.
« Tous les citoyens doivent être égaux devant leur
facture d’eau ! » C’est un beau slogan vide de sens
qui ne tient absolument pas compte des réalités du terrain. Il
n’est justifié que dans la mesure où les
bénéfices sur la vente de l’eau sont tellement importants
que les différences dans les frais d’exploitation deviennent
négligeables. Je ne pense pas que ce soit le cas.
Dans
un monde durable, la distribution de l’eau devrait redevenir un service
public à part entière, sans la moindre prétention de
rentabilité. La fourniture d’eau devrait être un service
rendu à la collectivité par la municipalité. Dès
lors, le prix de l’eau devrait être calculé en fonction de
la particularité de chaque commune. Dans ce calcul, suivant la couleur
politique des responsables communaux, on pourrait pratiquer une politique
sociale, ou environnementale, au choix. La tarification pourrait
dépendre du niveau de revenu de chaque famille, ou tenir compte de
l’abondance ou de la rareté de la ressource. Là où
l’eau est abondante, on peut la vendre bon marché. Dans une autre
région, où l’eau est une denrée rare, il faudrait
une tarification progressive, pénalisant le gaspillage.
Que pensez-vous de la
politique du pollueur-payeur concernant
l’eau ?
Comme je disais plus haut,
toute la politique de l’eau de la
Communauté Européenne est basée sur un
concept erroné : celui de faire payer les usages de l’eau en
lieu et place de la pollution qu’on y rejette.
C’est le point de
départ de toute la politique qui va dans le sens opposé au
développement durable.
En établissant
« le prix vérité de l’eau » on la
transforme automatiquement en marchandise monnayable qui attirera la convoitise
du monde financier. Dès lors, au lieu de résoudre les
problèmes, on s’efforcera des les approfondir et les maintenir
à demeure. Aucune charte mondiale de l’eau, ni de
déclaration solennelle du genre « l’eau est un bien
commun » n’y changera rien.
Le monde des finances
s’est emparé d’une ressource primordiale qui lui permet
d’asseoir encore d’avantage sa position dominante. Pour assurer la
pérennité des bénéfices, on évitera
soigneusement les solutions techniques susceptibles de résoudre les problèmes d’eau. Ce serait tuer la
poule aux œufs d’or. La tentation est grande pour mettre en place
des mesures et des techniques qui à
défaut d’aggraver la situation, la perpétuent. Plus
l’eau devient rare et chère, plus elle devient source de
bénéfices. Plus l’eau sera polluée, plus on pourra
la dépolluer et gagner de l’argent. On organisera donc la
pénurie et la pollution pour maintenir le profit. C’est, sans
doute, l’origine du barrage légal devant les techniques de prévention de la pollution à
la source.
Avec de l’argent, on
peut aisément faire en sorte que les hommes politiques et les
gouvernements légifèrent dans le sens d’exclure toute
technique et de solution orientée vers la prévention et la résolution
définitive des problèmes. On achètera aussi des
scientifiques et des techniciens pour mettre au point, toutes les techniques de
réparation. Cet
« achat » se fait de manière subtile, par
l’intermédiaire des financements des universités et des
centres de recherche. Le scientifique universitaire qui avait la mauvaise
idée de chercher des solutions de
prévention à la
place de la réparation, verrait
sa carrière bloquée, voire brisée… comme par hasard.
En quoi le prix vérité
de l’eau empêche l’application rigoureuse du principe du
pollueur – payeur ? En
séparant l’acte de pollution de sa pénalité fiscale.
Dans les faits, il n’y
a pas de corrélation, et encore moins de proportionnalité entre
la quantité d’eau consommée et la pollution
générée. On peut consommer beaucoup d’eau sans
polluer, en arrosant sa pelouse par exemple. De même, en utilisant
l’eau non taxée (source, puits, pluie) tout en rejetant les eaux
usées dans l’égout : on pollue, sans payer. Dans ce
système rien n’incite le
contribuable à réduire sa pollution, à diminuer
l’usage des produits polluants. Il s’orientera tout simplement vers
l’utilisation d’une ressource en eau non encore taxée.
Toute législation
dont l’objectif est la protection de l’environnement doit
appliquer, le plus rigoureusement possible le principe du pollueur –
payeur. La taxe payée doit
être directement proportionnelle à la nuisance
générée. De plus, la taxation doit intervenir au plus
près de l’acte de pollution. On peut lire, presque textuellement,
ces recommandations dans les documents d’accompagnement des directives
européennes. Les principes sont formulés, mais curieusement les
applications vont dans le sens inverse.
Quelles
sont les mesures que le prochain gouvernement pourrait mettre en place afin de
favoriser les gestes individuels de réduction de la consommation
d’eau ?
Aucune
mesure supplémentaire. Les mesures actuelles qui taxent la consommation
d’eau suffisent amplement. Il ne faut pas aggraver encore la situation.
Dans
l’optique de la gestion durable de l’eau, les économies
d’eau ne constituent pas une bonne mesure de la protection de
l’environnement. Inviter la population à réduire la
consommation, tout en comptant sur les recettes fiscales pour financier les
mesures de protection de l’eau, est une attitude incohérente de la
part des responsables politiques. Si la population prenait cette recommandation
au pied de la lettre, cela mettrait le gouvernement dans une mauvaise posture.
Les recettes fiscales sur l’eau diminueraient. Il faudrait alors financer
l’épuration avec des recettes fiscales prélevées sur
les revenus ou sur la TVA. Ce
serait, évidemment la négation du principe du pollueur-payeur.
On
comprend à présent, pourquoi les autorités, mais aussi les
sociétés distributrices redoutent tant les techniques de
valorisation de l’eau de pluie. D’après les données
relevées en Région wallonne, la pluie qui tombe sur les maisons
d’habitation, pourrait, théoriquement couvrir 80% des besoins des
ménages. Même avec un taux de récupération
médiocre, la généralisation de cette pratique aboutirait
à l’effondrement de la consommation d’eau de ville… et
des recettes fiscales sur l’eau.
Ceux
qui dispensent de beaux discours sur les économies d’eau sont
passablement coincés entre le souhait de garder les apparences du souci
environnemental en encourageant la valorisation de l’eau de pluie, et
leur intérêt réel pour conserver les recettes fiscales. Heureusement,
certains spécialistes de l’eau volent à leur secours, en
faisant peur à la population pour restreindre au maximum l’usage
domestique de l’eau de pluie. C’est ce qui est réellement
derrière « la volonté de sauvegarder la santé
du consommateur », en lui interdisant de prendre son bain, faire la vaisselle,
la lessive ou boire de l’eau non taxée.
Quelle est alors la solution ? Que pourrait
réellement faire le gouvernement pour la gestion durable de
l’eau ?
En étudiant les
textes des directives européennes sur l’eau, on découvre
que ces lois, en dépit des apparences, laissent beaucoup de
libertés aux états membres. Il n’y a que les objectifs et
les principes de base qui sont intangibles : protection maximale de l’environnement
à un prix « économiquement acceptable »,
application du principe du pollueur-payeur et celui
de l’utilisation de la meilleure technologie disponible. Ce sont ces principes qu’il faut appliquer
à la lettre. Pour ce faire, les états membres ont donc toute
liberté, mais il faut une volonté politique en ce sens.
Le gouvernement de chaque
état membre pourrait légiférer, sans problèmes,
dans le sens de la gestion durable de l’eau. Ce faisant, il respecterait l’esprit et les grands principes énoncés par la Union Européenne.
De plus, une telle législation épargnerait de nombreux milliards
d’euros à la communauté.
Ici, nous nous limiterons
à suggérer quelques mesures simples susceptibles
d’améliorer consid&e